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Réussir la gestion de ses couverts végétaux

Mis à jour le
27/10/2020
 par 
Loan Wacker

La mise en place de couverts végétaux est une étape clé dans une transition vers une agriculture verte et performante.

Avec les membres d'AgroLeague, on travaille sur l’implantation de couverts végétaux performants et adaptés à leur contexte pédo-climatique, leurs ressources et leurs objectifs. On souhaite vous partager quelques clés sur les intérêts des couverts végétaux dans la rotation, comment adapter la réflexion à son contexte local et quelques exemples concrets pour faire le lien avec le terrain.

Les intérêts agronomique et économiques des couverts végétaux

S’ils sont rendus obligatoires par la directive nitrates sur une partie de la surface agricole française sous forme de CIPAN (cultures intermédiaires pièges à nitrates), les avantages apportés par les couverts végétaux vont bien plus loin que le captage des reliquats azotés.

Plutôt que de voir les couverts d’interculture comme une contrainte réglementaire, pourquoi ne pas les envisager comme une réelle opportunité de capter l’énergie solaire et de l’injecter dans nos sols sous forme de biomasse végétale et de racines ?          

Passons en revue les principaux intérêts de l’intégration de couverts végétaux dans la rotation.

1. La restitution d’éléments nutritifs aux cultures

Les couverts végétaux sont des unités de recyclage qui évitent une perte des éléments nutritifs et les remettent à disposition pour la culture suivante. Les quantités réelles d’éléments nutritifs qui sont restituées aux cultures dépendent de différents facteurs : conditions pédoclimatiques, pratiques culturales, mode de destruction et stade végétatif du couvert au moment de sa destruction. On peut considérer que 30 à 40% de l’azote acquis par le couvert sera rendu disponible pour la culture suivante dans les 6 mois suivant sa destruction. Le reste va être inclus dans le sol pour son fonctionnement, dont une partie pour l'humification.

Le relargage progressif de l’azote organique suite à la destruction du couvert permet de temporiser la disponibilité de l’azote dans le sol. Cela va jouer un rôle tampon de l’indice de nutrition azoté des cultures (ratio entre la teneur en azote dans les parties aériennes de la plante et la teneur en azote critique). Cet aspect est particulièrement intéressant économiquement car synonyme de potentielles économies d’engrais.

Le logiciel MERCI (Méthode d’estimation des éléments restitués par les cultures intermédiaires) en libre accès permet d’estimer les quantités d’éléments présents dans le couvert à partir de la mesure de la biomasse de chaque espèce.

Anthony Frison, agronome chez AgroLeague et agriculteur dans le Loiret, a mis en place des essais en 2017 pour quantifier la capacité des couverts végétaux à prélever les éléments minéraux d’un sol pour les restituer à la culture suivante. Il a comparé 14 modalités de couverts végétaux pour mettre des chiffres concrets sur la capacité de prélèvement d’éléments minéraux par les différentes espèces de couverts et de potentielles restitutions à la culture suivante :

Restitution des éléments nutritifs aux cultures

2. Nourrir le sol

La présence de couverts végétaux active le cycle des nutriments par l’envoi d’exsudats racinaires. Les racines vivantes servent de support pour les mycorhizes qui vont rendre des éléments nutritifs solubles et assimilables pour les plantes en échange de chaînes carbonées (énergie).

Par ses exsudats racinaires, la plante va sélectionner la flore de micro-organismes vivants dans la rhizosphère. Une plante qui exsude des sucres complexes va être en mesure de maintenir une nutrition correcte et va favoriser un sol où les organismes pathogènes ont finalement peu de place disponible (les niches écologiques sont occupées par beaucoup d’organismes différents).

3. Structure du sol et gain de réserve utile

Les couverts végétaux participent à l'amélioration de la stabilité structurale du sol grâce à la multiplication des micro-organismes dans le sol qui vont produire de la glomaline (“colle du sol”) et de l’humus stable dans le temps. Couplés à des pratiques d’agriculture de conservation des sols, ils permettent d’améliorer la capacité d’infiltration et de rétention de l’eau dans le sol. Pour avoir un ordre de grandeur en tête, 1 point de matière organique en plus permet d'augmenter la réserve utile du sol d’environ 80 mm.

4. Protection contre l'érosion

La vulnérabilité d’un sol à l’érosion dépend de sa texture, sa structure, sa teneur en matière organique et sa perméabilité. Laisser les résidus de cultures en surface et implanter des couverts végétaux sont les moyens les plus efficaces pour lutter contre l’érosion. Le feuillage va limiter l’impact des gouttes (« effet splash »), du ruissellement et du vent. Les racines créent un maillage à l’intérieur du sol qui retient la terre.

5. Lutter contre les adventices

Le pouvoir couvrant des couverts végétaux permet de concurrencer les adventices pour la lumière. Pour cela, les couverts doivent être bien implantés et générer de la biomasse rapidement pour couvrir le sol. La complémentarité des espèces dans les couverts en mélange permet d'accroître cette capacité. Si un sol est couvert à une période donnée de l’année, les conditions de levée de dormance de certaines adventices ne sont pas réunies pour la germination des adventices correspondantes. Par exemple, avoir un sol couvert au mois de septembre permet d’inhiber la levée de dormance du brome, graminée adventive très présente dans les rotations céréalières.

Les couverts végétaux, quels mélanges ?

Familles et espèces les plus couramment utilisées dans les couverts végétaux

Nous avons vu que les couverts végétaux constituaient la clé de voûte des agro-systèmes. Faisons un tour d’horizon des avantages et des inconvénients des grandes familles de couverts végétaux les plus utilisées.

Graminées (poaceae)

👍 Avantages

Leur système racinaire fasciculé leur donne cet effet de structuration du sol en surface pour la culture suivante. Bonne capacité de mycorhization, elles sont importantes pour booster l’activité biologique dans le sol. Peu gélives, elles possèdent des facilités de destruction chimique. Rapport Carbone/Azote élevé (une paille a un rapport C/N d’environ 100, comparé à une légumineuse qui a un rapport C/N autour de 20). Cet aspect est intéressant à prendre en compte pour rapporter du carbone dans des sols à faible taux de matière organique.

👎 Inconvénients

Les graminées étant généralement très présentes dans les rotations, il faut être vigilant à ce que le couvert ne se transforme pas en inconvénient pour la culture suivante. Les couverts de graminées peuvent par exemple être des plantes hôtes du puceron et favoriser la transmission du virus de la jaunisse à la culture suivante.

Le rapport C/N élevé des graminées peut entraîner une consommation d’azote et d’eau pour la dégradation des pailles.

Exemples d'espèces

Graminées d’hiver :

  • Avoine noire
  • Avoine brésilienne
  • Seigle forestier
  • Triticale
  • Orge
  • Ray grass italien

Graminées d’été :

  • Sorghos
  • Mohas
  • Millets

Crucifères (brassicaceae)

👍 Avantages

Leur système racinaire pivotant, complémentaire des graminées dans un mélange d’espèces, leur confère cet effet de structuration en profondeur. Espèces généralement agressives et rapides. En présence d’azote, les crucifères possèdent un fort potentiel de recyclage des éléments minéraux et de relargage à la culture suivante (en particulier en soufre, calcium et potassium).

  • L’effet allélopathique : les crucifères contiennent du glucosinolate, une substance qui peut impacter le développement de certains ravageurs comme les nématodes, et certains champignons pathogènes (phénomène de bio fumigation lorsque la crucifère est enfouie dans le sol).

👎 Inconvénients

Contrairement aux graminées, les crucifères possèdent une faible capacité de mycorhization. Implanter un couvert uniquement composé de crucifères ne permet pas de profiter de cette capacité symbiotique naturelle avec l’activité microbienne du sol. Les crucifères ont des besoins en azote plus importants que les graminées (par exemple, pour produire 1 quintal de graines, un colza a en moyenne besoin de 7 unités d’azote, contre environ 3 unités pour un blé meunier et 2,2 unités pour une orge fourragère).

Exemples d'espèces

  • Moutarde blanche
  • Moutarde d’Abyssinie
  • Moutarde brune
  • Radis fourrager
  • Radis chinois
  • Colza fourrager
  • Cameline

Légumineuses (fabaceae)

👍 Avantages

Les légumineuses ont cette capacité de capter l’azote atmosphérique par leurs relations symbiotiques avec les bactéries Rhizobium présentes dans les nodosités du système racinaire. Les racines vivantes fournissent du carbone aux mycorhizes, qui à leur tour leur redonnent des substances azotés assimilables. Elle contiennent donc une forte teneur en azote (2 à 3 fois plus que les graminées)

Les couverts végétaux composés en majorité de légumineuses ont un rapport Carbone/Azote plus bas que d’autres espèces et minéralisent donc plus rapidement pour la culture suivante. La dégradation des résidus est plus rapide.

Cette famille contient une grande diversité d’espèces avec des cycles plus ou moins longs. Cela présente l’avantage de pouvoir choisir l’espèce qui correspond aux conditions pédoclimatiques locales.

👎 Inconvénients

La condition sinequanon de la mycorhization est une bonne capacité d’échanges gazeux entre la racine et le sol. Dans les sols qui présentent une structure tassée ou  dans les sols hydromorphes, la mauvaise circulation de l’air peut impacter le développement des nodosités.

Exemples d'espèces

Légumineuses annuelles :

  • Féverole
  • Pois fourrager
  • Vesce commune
  • Vesce pourpre
  • Vesce velue
  • Lentille
  • Fenugrec

Légumineuses pérennes :

  • Luzerne
  • Lotier corniculé
  • Trèfle blanc
  • Trèfle d’Alexandrie

Tournesol (asteraceae)

👍 Avantages

Adapté aux conditions chaudes et sèches.

Son système racinaire pivotant et fasciculé laisse une bonne structuration du sol en surface et en profondeur. Non photopériodique, il est possible de semer du tournesol tardivement en été. C’est une bonne plante tuteur pour les légumineuses en mélange de couvert et gélive à l’arrivée de l’hiver.

👎 Inconvénients

Plante hôte du sclérotinia, cela peut être problématique si du colza est présent dans la rotation.

Nyger (asteraceae)

👍 Avantages

Espèce voisine du tournesol, également adaptée aux conditions chaudes et sèches. Ses petites graines lui confèrent une meilleure densité et une dose de semis 3 fois inférieure au tournesol. Il est envisageable en pur avant une céréale.

👎 Inconvénients

Très sensible aux basses températures. Contrairement au tournesol, il faut le semer tôt.

Semences plus onéreuses que le tournesol.

Phacélie (hydrophylae)

👍 Avantages

Une des plantes les plus utilisées dans les couverts végétaux.

Son système racinaire (multitude de micro racines superficielles) laisse un bon lit de semences pour la culture suivante. La forme de ses graines permet une bonne répartition spatiale et une faculté à « boucher les trous » dans un mélange. C’est une famille que l’on ne retrouve pas dans les cultures, ce qui peut être intéressant pour casser un cycle. Elle possède un pouvoir d’attraction des pollinisateurs.

👎 Inconvénients

  • Coût élevé.
  • Exigeante en qualité de semis.
  • Craint la chaleur (des températures >25°C impactent sa levée).

Lin (Linaceae)

👍 Avantages

Le lin est un bon précédent des céréales.

Elle possède une bonne capacité à capter les éléments minéraux et à les relarguer à la culture suivante. Facilité d’installation en conditions limitantes.

👎 Inconvénients

Délicat à détruire mécaniquement.

Sarrasin (polygonaceae)

👍 Avantages

Parfois utilisé en dérobée pour complémenter la marge à l’hectare.

Il s’acclimate bien sur sols acides et pauvres. C’est une plante résistance à la sécheresse et mellifère. Elle possède un effet allélopathique contre les autres plantes pendant sa croissance (aucun risque pour la culture suivante).

👎 Inconvénients

  • Elle est très sensible aux conditions froides : sa floraison s’arrête à 0°C.
  • Mieux vaut éviter d’implanter une légumineuse derrière un sarrasin (potentielles problématiques liées au désherbage).

Les mélanges d’espèces permettent d’introduire une forme d’homogénéité et de résilience dans les agrosystèmes

Les couverts végétaux peuvent être mono-espèce, en mélanges simples (2-3 espèces) ou en mélanges complexes (>3 espèces, appelés « biomax »).

Mettre de la diversité dans un mélange de couverts permet tout d’abord d’introduire de la résilience dans le système. En cas de conditions pédo-climatiques défavorables, un couvert mono-espèce sera moins performant qu’un mélange. Un mélange de différentes espèces s’adapte mieux à des conditions hétérogènes au sein d’une parcelle et permet de ne pas “mettre tous ses œufs dans le même panier”.

Par exemple, si la fourniture d’azote est suffisante dans le sol (reliquats et minéralisation post-récolte), les crucifères et graminées ont tendance à mieux s’exprimer et à faire plus de biomasse que les légumineuses. Si la fourniture d’azote est un facteur limitant, les légumineuses prendront le dessus grâce à leur capacité de fixation de l’azote atmosphérique.

La diversité permet d’atteindre une forme d’homogénéité. Chaque famille et chaque espèce possède un système racinaire et aérien différent. Mélanger les différentes plantes permet de gagner en capacité de captage du rayonnement lumineux et en prospection racinaire afin de remobiliser les éléments minéraux pour la culture suivante. La diversité des exsudats racinaires et les complémentarités des cortèges mycorhiziens rendent les mélanges meilleurs qu’une espèce pure.

Les mélanges permettent un relargage progressif des éléments nutritifs afin d’assurer une nutrition équilibrée pour les cultures. Une fois le couvert détruit, les vitesses de restitution des éléments sont différentes selon les espèces selon leur caractéristiques. La féverole avec son port dressé a moins de contact avec le sol (40% de sa biomasse sera minéralisée rapidement, les tiges restent en place).

Tandis qu’une vesce ou un fenugrec avec leur port étalé ont 100% de leur biomasse aérienne qui sera au contact du sol, et vont donc restituer l’azote plus rapidement.

Les couverts mono-espèces peuvent néanmoins présenter des avantages, notamment au niveau économique et logistique. De plus, un couvert pur peut permettre de régler une problématique ponctuelle sur une parcelle. Par exemple, la moutarde peut être intéressante pour lutter contre les nématodes sur une parcelle infestée.

Comment choisir son mélange ?

Voici quelques règles à respecter pour choisir les espèces dans son mélange de couvert :

  • Le choix des espèces doit se réfléchir en fonction de la rotation, du type de sol, du mode de destruction (physique ou chimique), du matériel disponible, du prix des semences et des objectifs que l’on se fixe : générer de la biomasse, restructurer le sol, apporter de l’azote, attirer les auxiliaires, créer de la biodiversité, régler une problématique particulière, etc.
  • Adapter le choix des espèces en fonction des contraintes mécaniques (semoir céréales à trémie unique, semoir monograine, semoir à double trémie). Dans un semoir à trémie unique, mieux vaut privilégier des espèces avec des graines de taille identique pour éviter le phénomène de sédimentation dans le semoir.
  • Les espèces doivent s'adapter aux contraintes de la parcelle, à la rotation dans laquelle le couvert s’intègre et à l’itinéraire technique envisagé : cultures présentes dans la rotation, culture suivante, date et type de semis, mode de destruction, utilisation fourragère. Par exemple, il faut être vigilant à ne pas augmenter le potentiel infectieux du sol au niveau de la problématique fongique (aphanomyces) s'il y a présence de légumineuses dans la rotation. Certaines légumineuses augmentent ce risque (lentilles, gesse, pois fourrager), d’autres moins (féveroles, fenugrec, trèfle d’Alexandrie).
  • Les densités de chaque espèce se raisonnent en fonction des pourcentages des doses en pur (cf tableau des doses selon les espèces) : le principe est de diviser la dose de semis de chaque espèce du mélange par le nombre d’espèces présentes. Cependant, les espèces vigoureuses à l'implantation comme les crucifères ont parfois besoin d’être sous-dosées pour éviter d’étouffer les autres. À l’inverse, il peut être judicieux d’augmenter la densité des espèces plus lentes (féverole, trèfle incarnat).
  • Toujours garder en tête l’aspect économique dans la réflexion. Les espèces présentes localement ou les semences produites sur place sont à favoriser pour optimiser les charges.
Densités de semis conseillées pour les différents types de mélange (source : Arvalis-infos.fr)

La gestion des couverts végétaux

Le choix d’un mélange doit prendre en compte les conditions pédoclimatiques de la parcelle, la rotation dans laquelle le couvert s’intègre et l’itinéraire technique envisagé.

Les couverts d’inter-cultures longs

Les couverts longs ou couverts d’hiver précèdent une culture de printemps dans la rotation.

Les cultures de printemps comme le tournesol, le maïs, le sorgho, le millet sont des plantes qui nécessitent une certaine température du sol en sortie d’hiver pour avoir une bonne levée. Dans ce cas, mieux vaut éviter d’avoir un matelas trop pailleux pour favoriser un bon réchauffement du sol (surtout dans les zones centre/nord de la France). S’il y a trop de paille au sol, il peut y avoir des différences de température de 2 à 6°C. La germination et la levée seront lentes au printemps.

Dans ce cas, un couvert composé de légumineuses en plus forte proportion et de céréales et/ou crucifères. Les céréales et crucifères bouchent les trous laissés par les légumineuses lors de la levée. Le couvert rapportera du carbone et de l’azote au sol.

Par exemple, entre un soja et un maïs, avec pour objectif d’optimiser la fertilité du sol, un couvert qui pourrait être envisagé serait un mélange de féverole (120 kg/ha) avec avoine pure ou mélange avoine/triticale (10-20 kg/ha). La légumineuse restituera de l’azote organique et les graminées permettront de développer les mycorhizes dans le sol.

Dans ce cas, il est important de détruire le couvert un mois avant le semis de maïs afin de conserver l’humidité du sol et éviter les faims d’azote potentielles. Avoir une réserve utile optimum est essentielle pour assurer un bon démarrage des cultures de printemps.

Autre exemple, pour un mélange de couverts entre 2 maïs implanté fin octobre, il est possible de partir sur une base féverole (100 kg/ha) - phacélie (5 kg/ha). Il est également envisageable de rajouter une céréale dans le mélange (féverole 80 kg/ha - phacélie 3 kg/ha - triticale 30 kg/ha par exemple).

Devant le soja, il est préférable de réduire la dose de légumineuses : couvert mono-espèce ou mélange de céréales avec faible proportion de légumineuses pour éviter d’augmenter le potentiel infectieux du sol. Les légumineuses pompent l’azote du sol en début de cycle avant de pouvoir fixer l’azote atmosphérique via leur relation symbiotique avec les rhizobium. Ainsi, avoir de l’azote assimilable dans le sol peut aider au démarrage. Par exemple, entre 2 sojas dans la rotation, peut être envisagé un couvert à dominante de graminées (60-70%) type avoine, seigle ou triticale, 15-20% de légumineuses et le reste de crucifères ou autres en fonction des disponibilités des semences.

Les couverts d’inter-cultures courts

Les couverts courts ou estivaux se placent entre 2 céréales.

L’idée est de le semer le plus rapidement après la récolte de la céréale d’hiver afin de profiter de l’humidité résiduelle. Un mélange simple composé de 3 espèces dont une légumineuse peut être recommandé. Dans les zones plus sèches, le plus important est de choisir des espèces plus tolérantes à la sècheresse. Cependant, il est important de toujours garder son bon sens paysan : si les conditions climatiques ne sont pas au rendez-vous et que le sol est sec en profondeur, les chances de réussite à la levée sont compromises.

Un couvert mal implanté est un couvert sans intérêt. Dans ce cas, mieux vaut attendre des conditions plus propices et adapter sa stratégie en fonction de la situation. Par exemple, dans le cas on l’on a prévu de semer un couvert biomax (>3 espèces) entre 2 céréales après la moisson, mais que les conditions arrivent tardivement (limite à 1,5 mois du semis de la céréale), un couvert simple de sarrasin sera plus efficace sur une courte période.

Une autre technique consiste à semer à la volée son mélange de couverts un mois avant la récolte. Par exemple, pour semer dans une céréale, l’idée est d’attendre que les premières feuilles commencent à jaunir et laissent la lumière arriver au sol. Si on attend trop, le sol peut se dessécher. L’avantage principal est de pouvoir implanter le couvert en avance par rapport à un semis post-moisson.

Cependant, la réussite de cette technique est aléatoire et dépend des conditions pédo-climatiques. Le premier critère est d’avoir un sol qui va être capable accueillir cette pratique : un sol vivant avec une bonne structure. Aussi, cette technique est très opportuniste : elle est fonctionnelle lorsque les conditions sont réunies

Entre une céréale d’hiver et un colza, l’implantation d’un couvert d’interculture n’est pas judicieux : mieux vaut opter pour l’implantation d’un colza associé avec des plantes compagnes. L’idée est d’accompagner le colza dans la première partie de son cycle végétatif afin de profiter des services écosystémiques naturels : fourniture d’azote, contrôle des ravageurs par la perturbation des insectes et l’hébergement d’auxiliaires de culture, gestion des adventices, protection des sols contre l’érosion, amélioration de la structure et de la fertilité des sols.

💡 Pour aller plus loin:

Les couverts semi-permanents

Un couvert semi-permanent reste présent sur la parcelle a minima pour 2 cycles culturaux : généralement entre 18 et 36 mois.

Ces couverts sont le plus souvent composés de légumineuses pour les bénéfices qu’elles apportent en termes d'auto fertilité. Les racines de la luzerne descendent en profondeur (jusqu’à 15 mètres). C’est donc une espèce intéressante à mettre en place dans une stratégie de couverture permanente. Cependant, la luzerne ne se plait pas en sols acides (pH <6,5), dans quel cas le lotier corniculé est un bonne alternative. Le trèfle est également utilisé en couverture permanente, mais uniquement si la réserve en eau du sol n’est pas un facteur limitant.

Cette technique possède plusieurs avantages. De par sa présence sur une plus longue période, le couvert semi-permanent a un meilleur impact qu’un couvert d’interculture en termes de structuration, fertilité biologique du sol et concurrence des adventices. Avec des conditions climatiques de plus en plus sèches dans certaines zones, les couverts semi-permanents constituent une alternative intéressante pour assurer une couverture du sol lorsque les couverts courts font peu de biomasse. La couverture vive peut également masquer temporairement « l’effet mono culture ». Elle peut limiter les dépréciations de rendement liées à la monoculture, ce qui n’est pas toujours le cas avec les couverts d’intercultures.

Cette technique demande cependant une bonne régulation du couvert pour éviter la compétition sur la culture pour la lumière, l’eau et les éléments nutritifs. Il est également important de souligner que les densités de semis des couverts permanents sont réduites : les doses tournent autour de 5-6 kg/ha. Par exemple, un mélange de couvert semi-permanent envisageable pourrait être : 4 kg/ha de luzerne, 1 kg/ha de lotier et 500 g/ha de trèfle violet.

💡 2 retours d'expérience des membres AgroLeague:

3 exemples concrets

Ces exemples viennent de situations concrètes de réflexion sur l’implantation de couverts en fonction du contexte.

Il est important de souligner que les recommandations sont systématiquement basées sur une étude poussée du contexte local et des objectifs du membre. Elles ne constituent pas des standards à appliquer dans toutes les situations.

Quelles espèces choisir pour un couvert d'été entre 2 blés sur sol argilo-calcaire ?

Les couverts d'été sont indispensables entre deux blés.

Pour un couvert biomax, on peut envisager de partir sur une base de tournesol / féverole / sarrasin / trèfle d'Alexandrie / lin / moutarde ou colza. L'idée est de le semer rapidement après la récolte du premier blé s'il y a encore de l'humidité dans le sol.  

Si ce n'est pas le cas, mieux vaut attendre des conditions plus propices. Si ces conditions arrivent trop tardivement (limite à 1,5 mois du semis du blé), cela ne vaut peut être pas le coup. Un couvert simple de sarrasin pourrait être envisagé sur une courte période.

Quelles espèces choisir dans un couvert entre un blé et une culture de printemps ? Je cherche à décompacter mon sol naturellement.

Il faut garder en tête qu'une racine a un faible pouvoir de pénétration et un fort pouvoir d'éclatement.

Cela signifie que si elle rencontre une zone compacte, elle ne la décompactera pas. Il est donc important avant toute chose d’observer la structure du sol sur les 25 premiers centimètres.

Si la structure ne présente pas de zone dure ou de discontinuité, le couvert végétal sera plus à même de finir le travail. Dans ce cas, on peut envisager un mélange de féverole / tournesol (qui se détruiront à l'hiver) avec du colza et du trèfle incarnat (qui resteront tout l'hiver). Cela permettra d'avoir une action racinaire continue jusqu'à la culture de printemps.

Dans une rotation avec des cultures industrielles (pomme de terre, betterave) avec un historique labour et des taux de matière organique bas, quelles espèces de couverts choisir pour ramener de la matière organique ?

La betterave et la pomme de terre sont des plantes qui exportent beaucoup de biomasse avec relativement peu de restitution.

Les couverts végétaux couplés à des apports exogènes permettront à terme de remonter le taux de matière organique. Dans ce cas, l'orge de printemps et la féverole sont adaptés. Il est possible de compléter le mélange avec du ray grass italien ou de l'avoine, mais également avec une seconde légumineuse comme du pois fourrager ou de la vesce.

Dans ce cas, peut être envisagé un  mélange composé d'environ 40% de légumineuses et 60% de graminées (qui apporteront l’effet structurant). La densité est un facteur important, il faut compter environ 200 pieds/m2. Si la sécheresse ne permet pas un semis en été, mieux vaut attendre début septembre et le maîtriser/stimuler ensuite par un broyage avant floraison.

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