Les couverts végétaux, quels mélanges ?

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9/5/2022
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Les couverts végétaux, quels mélanges ?Les couverts végétaux, quels mélanges ?

Nous avons vu que les couverts végétaux constituaient la clé de voûte des agro-systèmes. Faisons un tour d’horizon des avantages et des inconvénients des grandes familles de couverts végétaux les plus utilisées.

Tour d’horizon des différentes familles et espèces les plus couramment utilisées dans les couverts végétaux

Nous avons vu que les couverts végétaux constituaient la clé de voûte des agro-systèmes. Faisons un tour d’horizon des avantages et des inconvénients des grandes familles de couverts végétaux les plus utilisées.

Graminées (poaceae)

Avantages

Leur système racinaire fasciculé leur donne cet effet de structuration du sol en surface pour la culture suivante.

Bonne capacité de mycorhization, elles sont importantes pour booster l’activité biologique dans le sol.

Peu gélives, elles possèdent des facilités de destruction chimique.

Rapport Carbone/Azote élevé (une paille a un rapport C/N d’environ 100, comparé à une légumineuse qui a un rapport C/N autour de 20). Cet aspect est intéressant à prendre en compte pour rapporter du carbone dans des sols à faible taux de matière organique.

Inconvénients

Les graminées étant généralement très présentes dans les rotations, il faut être vigilant à ce que le couvert ne se transforme pas en inconvénient pour la culture suivante.

Les couverts de graminées peuvent par exemple être des plantes hôtes du puceron et favoriser la transmission du virus de la jaunisse à la culture suivante.

Le rapport C/N élevé des graminées peut entraîner une consommation d’azote et d’eau pour la dégradation des pailles.

Exemples d'espèces

Graminées d’hiver :

- Avoine noire

- Avoine brésilienne

- Seigle forestier

- Triticale

- Orge

- Ray grass italien

Graminées d’été :

- Sorghos

- Mohas

- Millets

Crucifères (brassicaceae)

Avantages

Leur système racinaire pivotant, complémentaire des graminées dans un mélange d’espèces, leur confère cet effet de structuration en profondeur.

Espèces généralement agressives et rapides. En présence d’azote, les crucifères possèdent un fort potentiel de recyclage des éléments minéraux et de relargage à la culture suivante (en particulier en soufre, calcium et potassium).

L’effet allélopathique : les crucifères contiennent du glucosinolate, une substance qui peut impacter le développement de certains ravageurs comme les nématodes, et certains champignons pathogènes (phénomène de bio fumigation lorsque la crucifère est enfouie dans le sol).

Inconvénients

Contrairement aux graminées, les crucifères possèdent une faible capacité de mycorhization.

Implanter un couvert uniquement composé de crucifères ne permet pas de profiter de cette capacité symbiotique naturelle avec l’activité microbienne du sol.

Les crucifères ont des besoins en azote plus importants que les graminées (par exemple, pour produire 1 quintal de graines, un colza a en moyenne besoin de 7 unités d’azote, contre environ 3 unités pour un blé meunier et 2,2 unités pour une orge fourragère).

Exemples d'espèces

- Moutarde blanche

- Moutarde d’Abyssinie

- Moutarde brune

- Radis fourrager

- Radis chinois

- Colza fourrager

- Cameline

Légumineuses (fabaceae)

Avantages

- Les légumineuses ont cette capacité de capter l’azote atmosphérique par leurs relations symbiotiques avec les bactéries Rhizobium présentes dans les nodosités du système racinaire.

- Les racines vivantes fournissent du carbone aux mycorhizes, qui à leur tour leur redonnent des substances azotés assimilables. Elle contiennent donc une forte teneur en azote (2 à 3 fois plus que les graminées).

- Les couverts végétaux composés en majorité de légumineuses ont un rapport Carbone/Azote plus bas que d’autres espèces et minéralisent donc plus rapidement pour la culture suivante. La dégradation des résidus est plus rapide.

- Cette famille contient une grande diversité d’espèces avec des cycles plus ou moins longs. Cela présente l’avantage de pouvoir choisir l’espèce qui correspond aux conditions pédoclimatiques locales.

Inconvénients

- La condition sine qua non de la mycorhization est une bonne capacité d’échanges gazeux entre la racine et le sol.

- Dans les sols qui présentent une structure tassée ou dans les sols hydromorphes, la mauvaise circulation de l’air peut impacter le développement des nodosités.

Exemples d'espèces

Légumineuses annuelles :

- Féverole

- Pois fourrager

- Vesce commune

- Vesce pourpre

- Vesce velue

- Lentille

- Fenugrec

Légumineuses pérennes :

- Luzerne

- Lotier corniculé

- Trèfle blanc

- Trèfle d’Alexandrie

Autres familles

Tournesol (asteraceae)

Avantages

- Adapté aux conditions chaudes et sèches.

- Son système racinaire pivotant et fasciculé laisse une bonne structuration du sol en surface et en profondeur.

- Non photopériodique, il est possible de semer du tournesol tardivement en été.

- C’est une bonne plante tuteur pour les légumineuses en mélange de couvert et gélive à l’arrivée de l’hiver.

Inconvénients

Plante hôte du sclérotinia, cela peut être problématique si du colza est présent dans la rotation.

Nyger (asteraceae)

Avantages

- Espèce voisine du tournesol, également adaptée aux conditions chaudes et sèches.

- Ses petites graines lui confèrent une meilleure densité et une dose de semis 3 fois inférieure au tournesol.

- Il est envisageable en pur avant une céréale.

Inconvénients

  • Très sensible aux basses températures.
  • Contrairement au tournesol, il faut le semer tôt.
  • Semences plus onéreuses que le tournesol.

Phacélie (hydrophylae)

Avantages

-,Une des plantes les plus utilisées dans les couverts végétaux.

- Son système racinaire (multitude de micro racines superficielles) laisse un bon lit de semences pour la culture suivante.

- La forme de ses graines permet une bonne répartition spatiale et une faculté à « boucher les trous » dans un mélange.

- C’est une famille que l’on ne retrouve pas dans les cultures, ce qui peut être intéressant pour casser un cycle.

- Elle possède un pouvoir d’attraction des pollinisateurs.

Inconvénients

- Coût élevé.

- Exigeante en qualité de semis.

- Craint la chaleur (des températures > 25°C impactent sa levée).

Lin (Linaceae)

Avantages

- Le lin est un bon précédent des céréales.

- Elle possède une bonne capacité à capter les éléments minéraux et à les relarguer à la culture suivante.

- Facilité d’installation en conditions limitantes.

Inconvénients

Délicat à détruire mécaniquement.

Sarrasin (polygonaceae)

Avantages

- Parfois utilisé en dérobée pour complémenter la marge à l’hectare.

- S’acclimate bien sur sols acides et pauvres.

- Résistance à la sécheresse et mellifère.

- Possède un effet allélopathique contre les autres plantes pendant sa croissance (aucun risque pour la culture suivante).

Inconvénients

- Très sensible aux conditions froides : sa floraison s’arrête à 0°C.

Mieux vaut éviter d’implanter une légumineuse derrière un sarrasin (potentielles problématiques liées au désherbage).

Les mélanges d’espèces permettent d’introduire une forme d’homogénéité et de résilience dans les agrosystèmes

Les couverts végétaux peuvent être semés en mono-espèce, en mélanges simples (2-3 espèces) ou en mélanges complexes (>3 espèces, appelés « biomax »).

Mettre de la diversité dans un mélange de couverts permet tout d’abord d’introduire de la résilience dans le système :

- En cas de conditions pédo-climatiques défavorables, un couvert mono-espèce sera moins performant qu’un mélange.

- Un mélange de différentes espèces s’adapte mieux à des conditions hétérogènes au sein d’une parcelle et permet de ne pas “mettre tous ses œufs dans le même panier”.

- Si la fourniture d’azote est suffisante dans le sol (reliquats et minéralisation post-récolte), les crucifères et graminées ont tendance à mieux s’exprimer et à faire plus de biomasse que les légumineuses.

- Si la fourniture d’azote est un facteur limitant, les légumineuses prendront le dessus grâce à leur capacité de fixation de l’azote atmosphérique.

- La diversité permet d’atteindre une forme d’homogénéité. Chaque famille et chaque espèce possède un système racinaire et aérien différent. Mélanger les différentes plantes permet de gagner en capacité de captage du rayonnement lumineux et en prospection racinaire afin de remobiliser les éléments minéraux pour la culture suivante. La diversité des exsudats racinaires et les complémentarités des cortèges mycorhiziens rendent les mélanges meilleurs qu’une espèce pure.

- Les mélanges permettent un relargage progressif des éléments nutritifs afin d’assurer une nutrition équilibrée pour les cultures. Une fois le couvert détruit, les vitesses de restitution des éléments sont différentes selon les espèces selon leurs caractéristiques. La féverole avec son port dressé a moins de contact avec le sol (40% de sa biomasse sera minéralisée rapidement, les tiges restent en place). Tandis qu’une vesce ou un fenugrec avec leur port étalé ont 100% de leur biomasse aérienne qui sera au contact du sol, et vont donc restituer l’azote plus rapidement.

Couvert végétal après blé pour pomme de terre composé de 2 espèces de radis, lin, avoine et seigle forestier dans le Finistère (29)

Les couverts mono-espèce peuvent néanmoins présenter des avantages, notamment au niveau économique et logistique.

De plus, un couvert pur peut permettre de régler une problématique ponctuelle sur une parcelle. Par exemple, la moutarde peut être intéressante pour lutter contre les nématodes sur une parcelle infestée.

Couvert de féverole pure en prévision d’un semis d’un tournesol dans la Vienne (86)

Comment choisir son mélange ?

Voici quelques règles à respecter pour choisir les espèces dans son mélange de couvert :

- Le choix des espèces doit se réfléchir en fonction de la rotation, du type de sol, du mode de destruction (physique ou chimique), du matériel disponible, du prix des semences et des objectifs que l’on se fixe : générer de la biomasse, restructurer le sol, apporter de l’azote, attirer les auxiliaires, créer de la biodiversité, régler une problématique particulière, etc.

- Adapter le choix des espèces en fonction des contraintes mécaniques (semoir céréales à trémie unique, semoir monograine, semoir à double trémie). Dans un semoir à trémie unique, mieux vaut privilégier des espèces avec des graines de taille identique pour éviter le phénomène de sédimentation dans le semoir.

- Les espèces doivent s'adapter aux contraintes de la parcelle, à la rotation dans laquelle le couvert s’intègre et à l’itinéraire technique envisagé : cultures présentes dans la rotation, culture suivante, date et type de semis, mode de destruction, utilisation fourragère. Par exemple, il faut être vigilant à ne pas augmenter le potentiel infectieux du sol au niveau de la problématique fongique (aphanomyces) s'il y a présence de légumineuses dans la rotation. Certaines légumineuses augmentent ce risque (lentilles, gesse, pois fourrager), d’autres moins (féveroles, fenugrec, trèfle d’Alexandrie).

- Les densités de chaque espèce se raisonnent en fonction des pourcentages des doses en pur (cf tableau des doses selon les espèces) : le principe est de diviser la dose de semis de chaque espèce du mélange par le nombre d’espèces présentes. Cependant, les espèces vigoureuses à l'implantation comme les crucifères ont parfois besoin d’être sous-dosées pour éviter d’étouffer les autres. À l’inverse, il peut être judicieux d’augmenter la densité des espèces plus lentes (féverole, trèfle incarnat).

- Toujours garder en tête l’aspect économique dans la réflexion. Les espèces présentes localement ou les semences produites sur place sont à favoriser pour optimiser les charges.

Densités de semis conseillées pour les différents types de mélange (source : Arvalis-infos.fr)
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