Une agriculture propre, rentable et performante - avec Paul, membre installé en Isère

Paul est installé en Isère (38). Il a repris une ferme en agriculture biologique de 4 ha en 2004 et cultive aujourd’hui 320 ha de grandes cultures et de noyers en AB, avec du semis direct et du travail très superficiel sur la totalité de sa surface. Aujourd'hui, Paul arrive à des rendements similaires à ses collègues conventionnels grâce à une compréhension très poussée de la relation sol-plante et à une expertise sur la partie technique. Paul s’est attelé toutes ces années à construire une agriculture verte et performante sur son système grâce à l’observation, l’ingénierie et l’innovation. Son objectif est de maximiser la productivité et la rentabilité du système tout en conservant, voire en améliorant son capital sol dans le temps. Il s’est inspiré pour des principes de fonctionnement des systèmes naturalistes qu’il a transposés à un environnement agricultivé afin de tirer le meilleur des deux partis.Dans l’Agronomie & Nous, Paul nous partage sa vision de l’agriculture et des points clés de son système pour mêler agriculture biologique et agriculture de conservation des sols.

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Paul est un membre AgroLeague installé en Isère (38). Il a repris une ferme en agriculture biologique de 4 ha en 2004 et cultive aujourd’hui 320 ha de grandes cultures et de noyers en AB, avec du semis direct et du travail très superficiel sur la totalité de sa surface. Aujourd'hui, Paul arrive à des rendements similaires à ses collègues conventionnels grâce à une compréhension très poussée de la relation sol-plante et à une expertise sur la partie technique. 

Paul s’est attelé toutes ces années à construire une agriculture verte et performante sur son système grâce à l’observation, l’ingénierie et l’innovation. Son objectif est de maximiser la productivité et la rentabilité du système tout en conservant, voire en améliorant son capital sol dans le temps. Il s’est inspiré pour des principes de fonctionnement des systèmes naturalistes qu’il a transposés à un environnement agricultivé afin de tirer le meilleur des deux partis.

Dans l’Agronomie & Nous, Paul nous partage sa vision de l’agriculture et des points clés de son système pour mêler agriculture biologique et agriculture de conservation des sols.

Mener une agriculture biologique de conservation demande un changement de paradigme

Paul s’est rapidement rendu compte qu’il ne pourrait pas transposer un schéma cultural classique en agriculture biologique. Le premier pilier est la fertilisation : les engrais utilisés en AB contiennent moins d’unités fertilisantes azotées comparés aux conventionnels et leur efficience est fonction des conditions pédo-climatiques. Le deuxième pilier est la gestion des adventices. Sans désherbage chimique possible, la lutte se fait généralement par le travail du sol, ce que les ACSistes souhaitent éviter. 

« Nous nous sommes rapidement rendus compte que l’épandage d’engrais organique en plein n’était pas optimal. Dans des conditions chaudes avec des indices UV importants (5-6) et des températures dépassant les 25°C, les pertes d’azote sont importantes (jusqu’à 30% de perte en 48h). La solution est donc de l’incorporer au sol. Suite à cet enfouissement, des passages supplémentaires d’outils sont nécessaires pour créer un lit de semences favorable à la germination. Le démarrage est lent et les racines mettent du temps à profiter des éléments fertilisants situés dans l’inter rang. Le travail du sol perturbe le pool de microorganismes présents dans le sol, notamment ceux qui jouent un rôle dans la nutrition des cultures. Les adventices s’épanouissent, ce qui demande encore plus de travail du sol. Le résultat est une grosse perte de temps et d’efficience. La réussite de ce système est trop aléatoire. En tant qu’agriculteur, on recherche une assurance récolte ». 

L’agriculture en bandes de précision étroites ou « agriculture en pots de fleurs » 

L’assolement de Paul se compose de blé, maïs, tournesol, soja avec 3 cultures cultivées tous les 2 ans. Le blé est implanté en tête de rotation en semis direct dans un couvert permanent de trèfle. Il est andainé pour avancer la récolte et semer un soja à cycle court en direct dans les pailles. Après la récolte du soja, un couvert de seigle est implanté pour passer l’hiver. Vient ensuite une culture de printemps (maïs/tournesol) semé en direct dans le couvert de seigle roulé au rouleau Faca.  


Il a développé une technique appelée agriculture en bandes de précision étroites (« precision narrow strip farming » en anglais), qu’il nomme avec ses mots « agriculture en pot de fleurs ». Dans la nature, il n’y a pas de perte, tous les éléments sont recyclés. Il n’y a pas non plus de sols nus. Le principe est d’imiter la nature dans un système agricultivé afin de compenser les exportations de matière organique en nourrissant le sol en continu.

Les cultures reviennent toujours sur les mêmes bandes grâce à un système de guidage RTK avec des inter rangs non-travaillés et toujours couverts (voir schéma). Les inter-rangs sont tous identiques à 50 cm d’écartement. Le blé est semé en 4 rangs sur la bande, le maïs en 1 rang. Les bandes de cultures s’artificialisent avec le temps. Un environnement favorable pour les cultures se crée dans les bandes travaillées au niveau de la structure et de la fertilité du sol, tout en laissant l’inter rang intact. L’engrais est toujours localisé sur les bandes, ce qui permet une meilleure efficacité de la fertilisation. 



« Le guidage RTK a permis de rendre possible cette agriculture en bandes de précision étroites. Le premier concept est la fertilisation localisée qui revient toujours au même endroit. Cela permet de créer un environnement nourricier pour la plante pour qu’elle soit dans des conditions non limitantes. L’idée est de broyer les résidus devant le tracteur. Des déflecteurs sur le capot du broyeur permettent de ramener toute la matière carbonée dans la bande travaillée afin d’éviter d’en perdre. Ces résidus sont ensuite incorporés au sol à l’aide d’un strip till rotatif. La profondeur d’enfouissement varie en fonction de la texture. Plus le sol est argileux, moins l’incorporation est profonde. Plus il est sableux, plus Paul décide d'incorporer la matière organique profondément (>25 cm) car le sol est filtrant ». 

La lutte contre les adventices se fait en gardant une couverture du sol permanente : cultures, couverts végétaux, résidus de cultures. Cela passe nécessairement par la mise en place de cultures et couverts végétaux performants. 

« Le premier désherbant, c’est la culture. Ce qui fait germer les adventices c’est le travail du sol et la lumière. Si on laisse la lumière pénétrer, cela va faire lever des adventices. D’où l’idée d’avoir une couverture permanente et d’augmenter les densités de semis des cultures ». 

Point sur la fertilisation : mettre toutes les chances du côté de la culture du semis à la récolte 

Le premier élément intéressant à prendre en compte est l’enrobage de semences avec du thé de compost oxygéné. Cela permet à la graine d’être au contact direct de microorganismes et d’éléments nutritifs dès le départ. Il est également possible de rajouter d’autres éléments dans le TCO, comme de la poudre de basalte ou simplement de la terre qui provient du champ. Cela permet d’acclimater la graine avec une partie du spectre de champignons et de bactéries qui font partie de l’environnement dans lequel elle va se développer.

« J’ai mené des essais pour comparer des semences fermières de blé N2 avec enrobage de semences et des semences certifiées sans enrobage. Le résultat est flagrant : +5 à +7% de rendement pour les semences fermières enrobées comparées aux mêmes semences certifiées, toutes choses égales par ailleurs. C’est une semence qui a été acclimatée à vivre dans son environnement. Dans ce cadre, l’intérêt du strip till est de ne pas perturber les microorganismes dans l’inter rang. Un sol bien mycorhizé permet de multiplier l’efficacité de la fertilisation ». 

Ensuite, Paul accompagne la plante jusqu’au bout de son cycle. Les analyses de sève sont de bons outils de pilotage agronomique pour identifier les éléments qui se retrouvent effectivement dans la plante. En fonction des conditions pédo-climatiques, certains éléments peuvent être présents dans le sol mais pas disponibles pour les cultures. Paul vient chercher cette expertise chez AgroLeague pour aller encore plus loin dans la mesure d'indicateurs de nutrition et adapter sa fertilisation au plus près des ressources du sol et des besoins de ses cultures.

« À partir d’un certain stade, les sucres ne descendent plus dans la racine, ils sont redirigés vers les feuilles plus jeunes. C’est là que l’on voit l’intérêt de la fertilisation foliaire. Les apports foliaires sont intéressants car ils permettent d’améliorer l'efficacité d’absorption et, dans certains cas, d’abaisser les doses à apporter. Je fais également des apports de TCO en foliaire, jusqu’à 4 passages dans le cycle cultural ».

Le mot de la fin 

« Le plus important pour moi est d’atteindre un optimum de productivité et de rentabilité tout en évitant de perdre mon capital sol. Je veux transmettre à mon fils un outil de travail au moins aussi bien que quand j’ai commencé l’agriculture, sinon meilleur. 

Dans certaines plaines céréalières, l’érosion du sol peut aller jusqu’à 3 t/ha/an. Si demain nous arrivons à avoir une agriculture où tout le monde est à 10/20, nous ne perdrons plus de capital sol. Je ne suis pas intégriste. Bio ou conventionnelle, je souhaite par-dessus tout une agriculture verte. 

Je cultive mes marges. Cela passe par une maîtrise totale de mes itinéraires culturaux, de la diversification de mes activités et de la valorisation à la fin. On est en train de changer de métier. On revoit nos méthodes agronomiques, mais on peut aussi repenser notre rôle d’agriculteur dans la société. Les agriculteurs souhaitent que leur sol s’améliore et que la relation sociale s’améliore ».

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