Semoir auto-construit : Partie 2 - L'expérience de Paul Champouillon

Semoir, autoconstruction, Paul Champouillon - Cette semaine dans L’Agronomie & Nous, on continue dans le thème de l'auto-construction d’outils agricoles avec Paul Champouillon. Paul est un jeune agriculteur laitier en Meurthe-et-Moselle revenu sur la ferme familiale il y a 2 ans. Conscient des enjeux économiques, environnementaux, climatiques et sociétaux, il a voulu revoir le modèle de production. Objectif : passer la ferme en semis direct sous couverts végétaux pour réduire le travail du sol et les intrants, se libérer de la charge de travail et retrouver de l’intérêt dans son métier. Pour y arriver, Paul a construit ses propres outils : un semoir céréales et un strip-till. Pourquoi, comment ? Retour sur l’expérience d’un agriculteur qui pense et cultive différemment.

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Cette semaine dans L’Agronomie & Nous, on continue dans le thème de l'auto-construction d’outils agricoles avec Paul Champouillon. Paul est un jeune agriculteur laitier en Meurthe-et-Moselle revenu sur la ferme familiale il y a 2 ans. Conscient des enjeux économiques, environnementaux, climatiques et sociétaux, il a voulu revoir le modèle de production. Objectif : passer la ferme en semis direct sous couverts végétaux pour réduire le travail du sol et les intrants, se libérer de la charge de travail et retrouver de l’intérêt dans son métier. Pour y arriver, Paul a construit ses propres outils : un semoir céréales et un strip-till. Pourquoi, comment ? Retour sur l’expérience d’un agriculteur qui pense et cultive différemment.

Crédit photo : ©Champs Libres

Paul, pourquoi construire ton semoir à céréales ?

« La base de ma réflexion, c’est que je ne voulais pas mettre 100.000€ dans un semoir à céréales pour passer en semis direct. À l’origine, on avait un combiné mécanique, tout ce qu’il y a de plus basique. Je faisais pas mal de semis de blé derrière maïs en combiné direct. On faisait des semis simplifiés en gratouillant la terre. Mon repère, c’était que le maïs ne soit pas déraciné après le passage. On semait tous les blés comme ça et ça fonctionnait bien. L’année dernière j’ai loué un semoir à dent de chez Amazone. La dent m’a beaucoup plu. Ça fait un peu peur au début quand on travaille avec car ça laisse beaucoup de débris derrière, mais la levée est magnifique. À ce moment-là, j’ai su qu’il me fallait mon propre semoir. Pour être honnête, fabriquer un semoir à disques, c’est très complexe et coûteux. Donc je suis parti sur un semoir à dent.

J’aime bien la base Techmagri avec le disque ouvreur et la dent derrière. C’était mon idée de départ, mais je voulais trouver le moyen de mettre très peu de pression sur l’outil. Pour ça, le Primera est très bien avec son parallélogramme en poussé. J’ai pensé faire la même chose avec un disque ouvreur. »

Crédit photo : ©Champs Libres

Comment as-tu construit ton semoir ?

« Le projet a commencé il y a 2 ans. Mon idée de départ était de construire un semoir 6 mètres semi-porté, avec la rampe de semis à l’arrière et les trémies à l’avant, un peu similaire au système du Weaving. J’ai fait 18 prototypes de dents. Au début, j'étais parti sur un système classique avec la queue de cochon. Ensuite j’ai essayé de copier le système Novag mais ça a commencé à être compliqué. J’ai fait tous types d’essais.

J’ai entendu parler de prototypes Amazone de disque ouvreur sur le Primera. C’est ce que j’ai essayé de reproduire dans un premier temps. C’est un parallélogramme poussé avec un disque ouvreur et derrière la dent où je réglais la profondeur. Le disque faisait en même temps jauge et ouverture. En termes de pénétration, c’était top. Le problème c’est que ça pénétrait tellement bien qu’en cas d’obstacle, ça avait du mal à relever. Du fait que ce soit poussé, à la moindre courbe ou au moindre gros cailloux, l'élément veut avancer, il ne cherche pas à se soulever. J’ai semé 15ha comme ça et ça n’allait pas. Il y avait un effort monstrueux sur la pièce qui va chercher le disque ouvreur. C’est une tôle en acier s355 découpée de 20 mm d’épaisseur et je la voyais cintrée. Ça ne marchait pas trop mal. Mais avant de faire de la casse, j’ai arrêté de chercher compliqué. Je me suis dirigé vers un modèle américain : une dent et une roue derrière. Je voulais quelque chose qui puisse me permettre de passer avec pas mal de débris de végétation. J’ai retourné tous mes parallélogrammes. À la place du disque ouvreur, j’ai mis une roue bâton. On était en été, juste après la moisson d’orge. Poussé par la contrainte de temps pour semer les couverts estivaux, je suis parti sur un semoir céréales à dents conventionnel en ligne 4 mètres 20 rangs 20 cm d’inter-rang.

L’avantage de la roue squelette, c’est qu’elle vient attraper tous les résidus, elle les happe et elle dégage le sillon. Elle fait 10 cm de large et 35 cm de diamètre.  Les tuyaux d’engrais arrivent à la sortie la plus proche, on peut fertiliser plus profond que le semis. Ma roue de rappui fait roue de jauge tout en étant fixe. C’est comme ça que je gère ma régularité de profondeur. La dent en hardox coulisse dans un fourreau ce qui me permet de régler la profondeur par intervalle de 0,5cm. La trémie frontale vient d’un autre semoir. Là dessus, j’ai intégré une distribution que je gère électroniquement avec une tablette en cabine. J’ai remis un moteur électrique qui remplace la mécanique.

Pour l’année prochaine, j’ai prévu de me ré-équiper en fertilisation liquide. J’aurai la cuve d’engrais à l’avant , je remettrai la semence à l’arrière. »

Crédit photo : ©Champs Libres

Pourquoi la fertilisation liquide ?

« En semis direct au printemps, il faut saucer en localisé. Le problème de l’engrais solide, c’est que pour être capable de mettre des granulés à 5 cm plus profond que le maïs ou 5 cm décalé, il faut remettre une dent. En décalé du rang, ça me ferait un sillon de 15 cm de large, ça pourrait bourrer dans les couverts. Pour ce qui est de la profondeur, on a déjà tendance à semer le maïs   un  peu   plus   profond  pour  les   corbeaux.   Là,   ça  me  ferait   mettre  de   l’engrais   à  10   cm   dans   les   argiles,   ça  me  parait également compliqué.

La fertilisation liquide me plaît plus dans le sens où ça me parait plus facile à intégrer sur le mono-graine que la fertilisation solide, de plus l'engrais liquide a une meilleure efficience et ça me laisse la possibilité d'y intégrer des oligos-éléments. »

Globalement, combien t’a coûté la construction de ton semoir ?

« Pour le semoir à céréales : 11.000€ de fournitures et 4.500€ de gestion électronique. Softivert, c’est un kit où je peux gérer 4 distributions en simultanée. La fertilisation liquide, je l’ai achetée chez eux. Sur la même tablette je suis capable de gérer un microgranulateur, la distribution du semoir et l’engrais. C’est top. Ça me permet d’avoir la technologie d’un nouveau semoir tout en étant auto-construit. »

Crédit photo : ©Champs Libres

Tu comptes le modifier par la suite ? Par exemple, le passer en 6 mètres pliable ou semi-porté ?

« Je suis parti sur un 4 m pour des contraintes de temps. Il m’a fallu 3 jours pour faire le châssis. Pour l’instant, je peux semer en direct. Je vais déjà perfectionner mon parc matériel, par exemple, j'aimerai développer une rampe de semis à la volée de la même largeur que mon pulvérisateur pour effectuer des semis au printemps dans une culture déjà en place. Rien ne m’empêche de passer en semis portée plus large dans le futur.

De   plus,   pour   une   gestion   de   la   compaction   des   sols,   j'aimerai   intégrer   le   CTF  (Controlled   Traffic   Farming),   l'idée   est   de regrouper les passages sur des bandes bien précises. Par exemple dans mon cas, semer en 7m, épandre le fumier en 14m (avec une table d'épandage), pulvériser en 28m et moissonner en 7m. »

Crédit photo : ©Champs Libres

Tu as également auto-construit un strip-till ?

« Oui, un strip till 7 rangs pour pouvoir préparer les maïs. L’idée était de faire une transition avant de passer à 100% en semis direct.

En   sols   argileux,   l’idéal   est   de   passer   le   strip-till   à   l’automne.   Cet   automne,   on   aurait   été   encore   bloqué.   Depuis   le   mois d’octobre, on a beaucoup de pluie. Et ce qui me dérange de le faire à l’automne c’est que ça laisse le rang nu tout l’hiver. Au niveau   agriculture   de   conservation,   ce   n’est   pas   le   top.   Je   voulais   absolument   garder   un   couvert   et   passer   au   printemps. Comme au printemps ça ne va pas, on a tout semé en direct au final. L’outil de transition n’aura pas fait de transition. Finalement, je l’ai vendu. Je n’en voyais pas l’intérêt. »

Conclusion

Paul a auto-construit son outil adapté aux pratiques qu’il a décidé de mettre en place sur son système. Il sème désormais toutes ses cultures en semis direct et a de très bons résultats.

Il a réussi à contourner la contrainte de matériel pour arriver à son objectif, en pensant différemment.

Le mot de la fin est pour Paul : « Si je dois trouver une contrainte à l’auto-construction, c’est que l’on a jamais vraiment fini notre outil, on est tout le temps en train de se demander ce que l’on pourrait modifier ou améliorer et c'est parfois assez fatiguant. Cependant, pas une semaine se passe sans que le poste à souder ne tourne dans l'atelier, l'auto-construction ou plus largement le bricolage à une réelle importance dans le fonctionnement de mon exploitation. »


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