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La gestion hivernale des couverts végétaux - par Jean-Claude Quillet 

Posté le 
24/2/2021
 par 
Roméo Vezo

Jean-Claude Quillet, membre AgroLeague de la première heure, est agriculteur en Indre-et-Loire. Il a commencé le semis direct et la mise en place de couverts végétaux en 1995 pour des questions économiques et des problèmes d’érosion dus aux inondations survenues cette année-là dans la vallée du Cher. La mise en place de couverts végétaux est essentielle dans la démarche d’agriculture de conservation des sols. Il est donc important, pour la réussite du système, de bien choisir les espèces et de bien les gérer pour assurer une bonne implantation et une bonne levée de la culture derrière. 

Aujourd’hui dans L’Agronomie & Nous, Jean-Claude vient nous partager son expérience sur la gestion hivernale des couverts végétaux : quelles espèces choisir dans son couvert, comment les implanter et les détruire, quel matériel privilégier ? 

Jean-Claude, comment réfléchis-tu au choix des espèces de tes couverts ? 

Les cultures d'été comme le tournesol, le maïs, le sorgho, le millet, sont des plantes qui nécessitent une certaine température du sol en sortie d’hiver pour bénéficier d’une bonne levée. Dans ce cas, il vaut mieux éviter d’avoir un matelas trop pailleux pour favoriser le réchauffement du sol (surtout dans les zones centre/nord de la France). Si l’on a trop de paille au sol, on peut avoir des différences de température de 2 à 6°C. La germination et la levée seront lentes. Si, en plus, on a de l’humidité et qu’on débute en semis direct, on peut avoir des problématiques de limaces par dessus. Pour améliorer le réchauffement et l’efficacité de l’anti-limaces, il faut semer en ayant dégagé la ligne de semis avec des chasses-débris. 

Devant un maïs/tournesol/sorgho/millet, il vaudra mieux privilégier un couvert composé d’avoine d’hiver et de légumineuses (pois fourrager, vesce commune, féverole) en forte proportion. L’avoine va venir boucher les trous que laissent les légumineuses lors de la levée. Quand le couvert de légumineuses est bien développé, l’avoine d’hiver reste en dessous. Le couvert rapportera un peu de carbone et d’azote au sol. 

Devant un soja, on met moins de légumineuses : avoine en pur ou un mélange d’avoine avec un peu de légumineuses. Cela peut aider au démarrage avant que les nodosités ne se mettent en route.

L'avoine est une une espèce intéressante pour la mycorhization, pour disponibiliser le manganèse et structurer le sol sur les 15 premiers centimètres.

 

Question mécanique, quelles sont tes recommandations ?  

Avec les années sèches, le couvert est semé fin septembre-début octobre. La meilleure solution derrière des chaumes de blé ou orge tout de suite après moisson pour des couverts courts d’été, c’est le semoir à dent. Pour les couverts d’hiver, à partir de fin août-début septembre, pour que la féverole ne soit pas trop avancée ou trop forte pour passer l’hiver, avec le semoir à dents fines sans semer trop vite (5-6 km/h), on ne bouscule pas trop le sol. 

J’ai fait des essais avec des lignes à disques pilar (sly) : ça ouvre le sol, ça soulève la paille et ça en met dans le sillon. Le semis est nettement mieux que les semoirs classiques à disques pour les semis de féverole. Pour les petites graines, pas de souci, les semoirs classiques. 

Derrière des cultures de printemps ou d’été comme le sorgho, tournesol, pois, il n’y a pas trop de végétation. Derrière le maïs, il y a déjà un peu plus de végétation.

 

À quel moment détruis-tu tes couverts ? 

En année sèche, on détruit le couvert un mois plus tôt pour pouvoir préserver l’humidité résiduelle du profil de sol. En termes de gestion, ce qu’on détruit en premier, c’est le couvert devant le maïs. Ça arrive qu’on sème début avril selon les années, donc programmer la destruction du couvert pour début mars. Une année comme cette année où c’est assez sec, on enchaîne une semaine ou deux après avec la destruction du couvert en préparation des semis de sorgho et de soja, début mai.

Un exemple du début des années 2000 où la sécheresse a démarré assez tôt, en mars. Cela ne faisait que 3 ou 4 ans qu’on était en semis direct. On a détruit le couvert un peu trop tard, en février. Le terrain a séché. Dans les premières années, on n’a pas beaucoup de matière organique en surface. Quand on est arrivé pour semer, le terrain était dur. J’ai décidé d’attendre la pluie. Avec 5 ou 6 mm d’eau, la terre s’est assouplie et on a pu réussir le semis à 100%. Il est retombé 5 ou 6 mm derrière et la levée était parfaite. Au début du SD, dans les premières années de transition, il faut patienter. 

Un autre avantage de détruire un couvert d’un point de vue graminée un mois avant, est que ça va permettre au sol de se réhydrater avec les pluies et de ne pas avoir une concurrence trop forte. Avec le temps sec, il faut avoir une réserve utile optimum pour assurer un bon démarrage, surtout pour le maïs.

Faut-il nécessairement détruire le couvert végétal au minimum 1 mois à l’avance ? Peut-on le détruire soit en pré-semis, soit en post-semis pré-levée ?

Ça peut se faire mais plutôt dans la zone méditerranéenne car il fait plus chaud. Ça peut réussir aussi chez nous dans la vallée de la Loire ou même plus haut, sur une année exceptionnelle où il va faire chaud pendant au moins 15 jours. Il y a une incertitude qui est là et la prudence fait dire qu’il faut plutôt détruire le couvert un mois avant. S’il y a l'irrigation, ça peut être moins problématique.

C’est également parce que quand ton maïs, soja ou sorgho se retrouve au milieu de la végétation, surtout dans les 10 ou 15 premières années de la transition, ton couvert a pompé toute l’azote au départ. Quand on est en SD, il faut aller vers une fertilisation localisée en starter pour donner toutes les billes possibles à la plante. De plus, ça réduit naturellement la pousse d’adventices dans l’inter-rang.

Sur couvert végétal avant maïs, il y a un point important à garder en tête si on peut irriguer pour faire lever, et qu’on se dit qu’on peut arriver à détruire le couvert juste avant le semis ou juste après : faire en sorte que le couvert soit bien à plat et écrasé au sol pour ne pas gêner l’accès à la lumière des jeunes plantules de maïs.


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