Définition, avantages et inconvénients des Techniques Culturales Simplifiées (TCS)

Aujourd’hui, en France, bien que le labour reste la pratique agricole de préparation du sol avant semis la plus utilisée, près de 35% de la Surface Agricole Utile (SAU) du pays sont conduits en Techniques Culturales Simplifiées (TCS). Ce pourcentage ne cesse de s’accroître depuis 1994. Principalement appliquées en grandes cultures et cultures pérennes, les TCS rassemblent des techniques allant du pseudo-labour au semis direct. Elles présentent de nombreux avantages, mais aussi des limites qu’il convient de connaître pour maximiser leurs bénéfices dans l’agrosystème. Leur mise en place est la première étape d’une transition vers l’agriculture de conservation.

Techniques Culturales Simplifiées

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Sommaire

Que sont les Techniques Culturales Simplifiées (TCS) en agriculture ? 

Les techniques culturales simplifiées, ou TCS, sont des méthodes de travail du sol qui se différencient du labour. Regroupant des techniques variées, elles consistent à ne pas retourner les 40 premiers cm du sol, mais à le préparer au semi en surface et sans détruire sa structure. C’est une première étape obligatoire lorsque l’on envisage une transition vers l’agriculture de conservation des sols.

Origine des TCS

Depuis les prémices de l’agriculture, l’homme s’applique à labourer, c’est-à-dire retourner le sol afin de le préparer aux semis : le labour permet d’enfouir les graines de la culture précédente ou des adventices encore présentes. Cet enfouissement empêche les graines de germer après le semis et de nuire au développement de la culture actuelle.

Le XXe siècle fut la période de l’essor de l’agriculture. En effet, la fin de la Seconde Guerre mondiale a précédé une intensification et une mécanisation des pratiques agricoles. En Amérique, cet essor a lieu dans un contexte pédoclimatique peu adapté à ces nouvelles techniques. 

Dans un climat chaud et humide, le labour des sols agricoles accélèrent l’érosion et le travail intensif appauvrit rapidement la terre : les couches arables, riches en matière organique et nutriments, diminuent petit à petit.

De plus, la chute du cours des céréales dans les années 1990 et l’augmentation constante des prix du carburant rendent les passages au champ plus chers, en énergie et en main d'œuvre.

Prix du GNR

Il fallait alors trouver de nouvelles méthodes de travail du sol. C’est là que les TCS entrent en jeu !

Une étape de la transition vers l’agriculture de conservation des sols (ACS)

L’agriculture de conservation est un terme apparu en 1997. Soutenue par la FAO, elle correspond à un ensemble de pratiques agricoles basées sur trois piliers. Le premier est le non-labour. Les TCS sont donc une première étape vers une transition en ACS.

Cependant, le non-labour n’est pas la seule composante de l’agriculture de conservation. Il faut l’associer aux deux autres piliers : un couvert végétal permanent et une diversification de la rotation des cultures.

La diminution du travail du sol est souvent la première étape de la transition car c’est la plus accessible. En effet, les TCS sont abordables car concrètes et techniques. Elles demandent un minimum de formation, un changement ou une adaptation de matériel, et elles sont directement visibles au champ.

Attention
Il faut garder une vision à long terme pour appliquer les principes de l'ACS correctement. Il s’agit de repenser l’agrosystème dans son ensemble.
ACS
L’agriculture de conservation

Les différents types de TCS 

Les Techniques Culturales Simplifiées rassemblent différentes techniques : 

  • Le pseudo labour
  • L’itinéraire sans labour avec décompactage
  • Le strip till
  • Le travail superficiel
  • Le semis direct

Voici un tableau récapitulatif des principales techniques de travail du sol, leurs effets agronomiques, la profondeur du travail et le type de matériel nécessaires :

Tableau des différents types de travail du sol
Remarque
Certaines techniques culturales simplifiées, comme le semis direct ou le semis direct sous couvert végétal, nécessitent l’utilisation d’un semoir adapté, c’est-à-dire un semoir à dents ou un semoir à disques.
Semoir à disques
Exemple de semoir à disques

Avantages économiques et agronomiques des Techniques culturales simplifiées

Les Techniques Culturales Simplifiées valorisent les différents agrosystèmes en s’adaptant à leur contexte local

Elles ont différents avantages : 

  • agronomiques : elles permettent de conserver un équilibre agronomique et une fertilité efficiente du sol
  • économiques : elles réduisent les coûts de passage au champ tout en conservant une marge nette intéressante.

Les avantages agronomiques des TCS

“ Le champ reste propre et ça produit correctement, ça laisse de la biomasse qui amène de la vie dans le sol et améliore significativement sa fertilité. Fertilité renforcée par l'implantation de couverts végétaux entre les cultures et par un travail très superficiel du sol. ” - Damien, membre AgroLeague installé dans le Gers

Le labour détruit l’humus et les complexes argilo-humiques, favorisant la perte de fertilité et la battance. De plus, son efficacité contre les repousses d’adventices diminue avec le temps car des germes résistantes apparaissent. Il faut alors plus labourer ou désherber, on entre dans un cercle vicieux.

Les Techniques Culturales Simplifiées est une solution qui permet : 

  • d’améliorer de la qualité du sol et le stockage de carbone,
  • de mieux gérer l’eau tout en diminuant les risques d’érosion,
  • de diminuer l'émission de gaz à effet de serre.

AMELIORER LA QUALITE DU SOL ET STOCKER LE CARBONE

Éviter le labour permet, à long terme, de retrouver une fertilité naturelle du sol. En effet, le non-labour écarte la destruction ou évite certaines perturbations des 40 premiers cm du sol. De plus, la lixiviation et l’érosion diminuent, et la Matière Organique reste dans le sol. Ainsi, les TCS préconisent le semi direct ou le semi direct sous couvert végétal (pailles, chaumes…).

A noter
En pratiquant le non labour à long terme, la teneur en matière organique du sol peut augmenter de 25 à 50%.

L’augmentation du taux de matière organique s’accompagne d’un regain d’activité biologique du sol. La biodiversité des horizons supérieurs est en effet défavorisée si le sol est retourné. Cette biodiversité se compose aussi bien d’insectes et vers de terre, qui facilite le drainage et l’enracinement ainsi que l’ameublissement et l’aération du sol, de microorganismes tels de bactéries qui participent aux cycles du carbone et de l’azote et sa minéralisation, et enfin des champignons, dont le mycélium aide au recyclage des nutriments et au stockage de carbone.

On considère ainsi qu’une parcelle en non-labour stocke dans les sols, grâce à ces “créateurs de biomasse”, jusqu’à 550 équivalent CO2 par hectare par an. Cette fertilisation naturelle implique à long terme une diminution des besoins en fertilisation organique.
TCS et vers de terre

Ces bénéfices agronomiques sont cependant effectifs sur le long terme. Plusieurs années en TCS sont nécessaires avant de pouvoir les observer : grande biodiversité, taux de matière organique élevé, meilleure structure du sol… Il faut être patient !

GERER L’EAU, DIMINUER LES RISQUES D’EROSION ET DIMINUER LES EMISSIONS DE GAZ A EFFET DE SERRE

Le non-labour permet de limiter les risques d’érosion, mais aussi les risques de formation de croûte de battance, c’est-à-dire une pellicule solide formée dans une terre friable après de fortes pluies.

De même, ne pas labourer permet de réduire les risques de lixiviation, c’est-à-dire de fuite des nitrates et autres produits vers les réserves d’eau du sol en profondeur. Cela s’ajoute à une forte activité biologique du sol, qui permet de profiter de nombreux services écosystémiques.

Les TCS permettent donc à long terme de réduire l’utilisation des produits phytosanitaires. Cela entraîne une baisse de l’Indice de Fréquence de Traitement (IFT) et permet de réduire la pollution de plusieurs manières.

En effet, moins de nitrates appliqués implique moins d’évaporation de ceux-ci dans l’atmosphère.

D’autre part, des passages au champ moins fréquents diminuent la consommation de carburant d’un tracteur et donc l’émission de gaz à effet de serre (stocké dans le sol sous forme de carbone).

Enfin, l’agriculteur a plus de temps pour s’occuper d’autres problèmes, et il dispose d’une plus grande fenêtre météorologique pour choisir le bon moment pour désherber, traiter ou récolter. Cela lui permet de mieux gérer ses applications de produits phytosanitaires afin d’optimiser leur utilisation. ll perd moins de quantité de produits, et donc moins de produits se retrouve dans les eaux, ou les sols.

Les TCS nécessitent une réflexion à l’échelle de l’agrosystème, et non plus seulement de la parcelle. Elles poussent à la recherche d’un nouvel équilibre entre les différentes cultures de la rotation et entre les auxiliaires, les bioagresseurs et la plante cultivée. Il s’agit de laisser faire les défenses naturelles de la plante et de son milieu en labourant le moins possible.

Les avantages économiques des TCS

“ Aucune différence n’a été observée niveau rendement, nous sommes même légèrement meilleurs qu’avant. Nous avons moins de charges liées au carburant. Désormais, pour une céréale d’hiver semée en direct, nous consommons environ 45 L/ha de carburant du semis à la moisson. ” - Alban Lutigner, membre AgroLeague

La saison 2022 fut marquée par une instabilité économique du cours des céréales et une hausse spectaculaire des coûts de l’énergie. Ainsi, les TCS représentent une alternative actuelle intéressante. On cherche de nouvelles pratiques résilientes pour les exploitations, économiquement et socialement.

Les techniques culturales simplifiées diminuent les coûts liés à la main-d'œuvre et au carburant grâce à des passages au champ moins fréquents. Ainsi, on estime que les TCS permettent de diminuer de 20 à 40 % sa consommation de carburant par rapport au système conventionnel.

Consommation d'un tracteur

A long terme, les TCS permettent d’atteindre un équilibre agronomique moins dépendant aux intrants et de maintenir une marge nette intéressante.

Avec AgroLeague, vous pouvez bénéficier d’un suivi agronomique personnalisé afin d’identifier les actions qui seront bénéfiques pour votre exploitation et ses particularités.

Les limites des TCS en agriculture

Malgré tous ces avantages, les TCS ont quelques inconvénients : 

  • Elles demandent une gestion agronomique stricte des adventices et des ravageurs, au risque d’accroître parfois l’IFT,
  • Elles demandent de solides connaissances agronomiques.

Une exposition plus importante aux adventices et aux ravageurs

Les techniques culturales simplifiées ont un risque principal : les graines et rhizomes des adventices restent en surface et la parcelle est plus sensible aux adventices si elle n’est pas gérée correctement.

En effet, avant d’atteindre un équilibre agronomique optimal, la parcelle doit être désherbée régulièrement afin que les adventices n’empêchent pas la levée ou la croissance de la culture.

De plus, les paillis ou les chaumes non détruites et non enfouies font un habitat idéal pour les ravageurs, notamment les champignons. Afin d’éviter d’augmenter l’IFT, il s’agit de trouver des moyens plus agroécologiques de combattre ces maladies. Par exemple, des résidus végétaux broyés sont plus facilement assimilables dans le sol.

Larve de Zarbe
Zabre des céréales : la larve se développe dans les paillis et creuse des galeries dans le sol, elle mange les feuilles et assèche la culture

Ainsi, la maîtrise des bioagresseurs peut générer des coûts au début de la transition en TCS, à cause de l’achat de produits et l’emploi d’une main d'œuvre supplémentaire. Une bonne formation ou un accompagnement permet cependant d’identifier des moyens agronomiques de lutte et d’éviter le recours aux produits phytosanitaires.

Un ensemble de techniques pas si simples à adopter

L’adoption des TCS sur son exploitation nécessite une vigilance constante et des connaissances solides pour anticiper les interventions et les risques possibles. L’investissement matériel est non négligeable, et il s'agit de savoir dans quoi l’on s’embarque avant de démarrer. 

De même, il est quasiment impossible de ne pas repenser la rotation des cultures. Les TCS ne fonctionnent pas en monoculture. Repenser l’ensemble de l’agrosystème et adopter les bonnes techniques prend du temps et c’est un chemin difficile à parcourir seul.

“ Savoir qu’AgroLeague est mon partenaire, me rassure : si j’ai besoin de documentations, d’échanges, de retours, de discussions, je peux y avoir accès, et c’est une force pour mon quotidien. ”

Cependant, si adopter les TCS vous fait  peur, ne vous découragez pas ! Ces techniques sont accessibles et efficaces ! De nombreux agriculteurs les ont déjà adoptées, et chacun peut y trouver son compte.

AgroLeague propose des formations avec un suivi adapté à chaque exploitation. N’hésitez pas à jeter un œil aux possibilités de notre réseau !

Conseils pour réussir à adopter les TCS

TCS et rotation des cultures

Le productivisme et l’intensivité des systèmes agricoles au XXe siècle ont poussé les agriculteurs vers la monoculture pour augmenter leur marge nette. Cependant, une rotation courte et peu diversifiée entraîne des risques de maladies et d’attaques de ravageurs spécifiques, pouvant entraîner des pertes de rendement.

L’allongement de la rotation des cultures, deuxième pilier de l’agriculture de conservation, aide à maîtriser le cycle des adventices et à réduire les risques de maladies.

Il n’y a pas de rotation parfaite. Il faut adapter la rotation aux cultures de tête et réfléchir à l'enchaînement des cultures. Les TCS doivent alors correspondre aux dates de semis, aux conditions pédoclimatiques et aux espèces concernées.

Quelques règles d’enchaînement sont à respecter. Par exemple : 

  • Éviter de planter deux légumineuses à la suite afin de limiter les risques de surfertilisation, 
  • Éviter de cultiver deux céréales à la suite afin de limiter le retour d’adventices spécifiques.

L'association de culture ou l’utilisation de plantes compagnes sont souvent intéressantes à insérer dans son assolement en raison des différentes propriétés qu’elles apportent. 

Un suivi régulier de son sol, grâce à une analyse de sol annuelle, permet aussi de choisir parmi les TCS celles les plus adaptées. Par exemple, un sol argileux et humide rend le passage d’une herse ou d’un semoir à dent difficile.

TCS et cultures intermédiaires

Couvert de tournesol et de phacélie, par exemple avant une culture de colza

Le troisième et dernier pilier de l’ACS à prendre en compte lors de l’adoption des TCS est la couverture permanente du sol

En effet, un couvert végétal permanent permet de : 

  • structurer le sol, 
  • maîtriser les adventices,
  • réduire les risques d'érosion.

Cela implique d’intégrer des cultures intermédiaires, ou intercultures, à la rotation. On peut alors profiter de leurs propriétés afin d’améliorer le système et réduire les besoins d’intrants. 

Il existe plus de 40 espèces de couverts différents. Chaque espèce détient des propriétés agronomiques qui peuvent être mises au service d’une exploitation (ex : engrais vert, CIPAN etc…).

Encore une fois, il n’existe pas de solution miracle. Les TCS doivent être choisies et adaptées aux tailles de graines des couverts et aux périodes de semis correspondantes. Par exemple, la taille des graines des légumineuses nécessite un semoir spécifique. 

Il faut alors plus ou moins de préparation du sol selon l’espèce en culture, ou l’espèce en couvert. Par exemple, avant une culture de maïs, un couvert d’interculture de féverole est intéressant car il permet d’enrichir le sol en azote, utilisé alors par le maïs juste après. Il faut donc utiliser un semoir adapté à la féverole, et réussir à détruire son couvert correctement avant de semer le maïs.

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TCS et semis-direct

Le semis direct, ou semis direct sous couvert végétal font partie des techniques culturales simplifiées. Cela consiste à semer sans effectuer un travail du sol au préalable. Même si les adventices en dormance ne sont pas détruites, le semis direct permet un gain de temps et de main-d’œuvre considérable, ce qui laisse une fenêtre d’action intéressante pour la lutte contre les bioagresseurs.

Le semi direct est l’idéal vers lequel tendre en TCS. Il s’accompagne d’une maîtrise de son système et d’une capacité d’anticipation et de gestion des risques.

TCS et semis direct
Semis direct sous couvert végétal (résidus des cultures précédentes)