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Philippe

Somme

"J’ai 58 ans, je cultive dans la Somme, en Picardie pouilleuse, sur une exploitation de 97 ha avec un élevage bovin de race Limousine et ovins, en vente directe. En 1989, je me suis installé sur la ferme familiale en polyculture élevage. Quand mon  épouse est décédée en 2000, mes deux garçons, Paul et Florent, n’avaient que  8 et 6 ans. Ils ont aujourd’hui 28 et 26 ans, et ont chacun une licence d’agronomie spécialisée sur l’agriculture de conservation des sols qu’ils ont réalisée avec comme enseignant principal, M. Thierry Têtu.

J’ai mis la charrue de côté pour alléger la charge de travail. J’étais donc en TCS et mes garçons me dirigeaient vers d’autres techniques ; faire des couverts autres que la moutarde, couvrir le sol. Ils ont des idées nouvelles. Si je n’avais pas eu mes enfants, aurais-je continué ce métier ? Pourquoi refuser de les écouter ? Et pour réussir, il faut s’équiper de bons matériels, se renseigner, se former, écouter et s’enrichir de l’expérience de pionniers comme Lucien Séguy. Nous avons essayé; certaines nuits, je n’ai pas dormi mais ça fonctionne et des économies sont possibles. Quand nous semons une culture dans des couverts de 80 cm de haut, c’est impressionnant. Mais je m’aperçois que ça lève et que le système se met vite en place. Il y a beaucoup de choses à apprendre et c’est pour ça aussi que nous avons a rejoint AgroLeague, pour continuer d’avancer et aller de l’avant. L’exploitation des sols est plus attrayante, on retrouve l’esprit  des paysans. Le sol n’est plus un support, nous nous apercevons que tout est lié : le sol nourri le couvert qui abrite et développe la vie du sol, mais aussi toute la faune de ce milieu; c’est bien plus passionnant.

Il faut pouvoir vivre de son travail et pour moi, ça devenait compliqué. Je ne pouvais pas continuer à ne rien gagner. De plus, les garçons sont passionnés et reprendre des « exploitations » autour de nous, ça devient de la folie. Il a donc fallu changer. Nous avons acheté un semoir en Angleterre. Peu de temps après, je suis tombé malade. L’un de mes fils a pris le relais et s’est occupé des semis. Des cultivateurs voisins nous regardaient, certains se sont intéressés et de là, mes fils ont commencé la prestation de service en semis direct. C’est la cinquième année de Semis Direct sous Couvert Végétal, et aujourd’hui des agriculteurs s’y mettent progressivement. Beaucoup nous demandent conseil et c’est avec l’échange que nous progressons.

Quand quelqu'un réussit, on se dit « pourquoi pas moi ? ». Les agriculteurs ne sont pas assez informés. Pendant mes études, on survolait le fonctionnement des sols. J’ai appris qu’au plus je mettrai d’intrants, au plus je réussirai. Depuis quelques années, les rendements stagnent et les marges diminuent et on s’aperçoit que les sols se dégradent, que la faune et  le climat local changent. On nous a poussé à produire mais économiquement maintenant, avec des terres médiocres et des rendements limités, il faut diminuer les charges puisque nous gérons de moins en moins le prix de vente.

Travailler avec mes fils est bien plus captivant. Ils m’apprennent des choses et il y a plus de communication. Nous avons chacun notre avis, et le fait de le partager nous fait avancer. Pour le semis de betterave cette semaine, nous avons observés plusieurs fois la structure du sol. Il ne faut pas être pressé, il faut réfléchir. Ce n’est pas toujours facile quand les voisins ont déjà terminé.  Les garçons vont prendre la suite, ça fait 30 ans que je travaille sur la ferme. J’espère qu’ils vont persévérer et que le message va passer autour de nous. J’aimerais qu’ils puissent vivre de leur métier."

Philippe, membre AgroLeague installé dans la Somme

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