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Adrien

Meuse (55)

« C’est la ferme de mon papa, qui était la ferme de son papa. J’ai fait un BEP puis un BAC professionnel en alternance sur une autre ferme. J’ai travaillé pendant 2 ans en tant que salarié sur la ferme familiale avant de m’y installer en 2011. 

La ferme historiquement était laitière mais le lait a été arrêté en 2000. La rotation était : maïs ensilage - blé - orge de printemps et d’hiver. Suite à l’arrêt du lait, le maïs grain a remplacé le maïs ensilage. Après mon installation, on s’est réorganisé. On a augmenté la part d’orge, réduit celle du maïs et intégré du colza et des légumineuses (pois, féverole) dans la rotation. Niveau travail du sol, historiquement c’était en labour pour toutes les cultures. On a réduit progressivement le labour jusqu’à vendre la charrue il y a 8 ans. Après quelques années en TCS, on est finalement passé au semis direct en 2018. 

Ça a été un processus progressif. Après mon installation, j’ai commencé à utiliser des produits de bio régulation des équilibres du sol et des plantes. J’ai découvert une autre vision de l’agriculture de ce qu’on connaissait : développer des couverts, apporter de la matière organique (compost, engrais organiques), recycler les pailles, arrêter les traitements systématiques. C’est de cette manière que j’ai commencé à implanter des couverts végétaux : d’abord composés de moutarde simple, puis développés d’année en année. 

Je suis passé en semis direct en 2018. Je pense que j’ai fait ma transition dans le bons sens. Certains veulent se lancer immédiatement en semis direct pour gagner du temps et de l’argent, mais ne prennent pas le temps d’investir dans les couverts végétaux, ce qui peut conduire parfois à des échecs. Moi je suis passé en SD quand j’ai senti que mon sol était prêt. Je ne dis pas qu’il n’y a pas eu de gamelles, il y en a toujours, mais on l’a fait méthodiquement.

Niveau semoir, j’ai investi dans un WEAVING il y a 4 ans avec une double trémie en 6 mètres et disques inclinés. Je voulais un semoir polyvalent qui puisse aussi passer dans un itinéraire cultural en TCS pour ne pas me fermer de portes. C’est un semoir qui va bien, j’en suis satisfait même s’il présente des limites dans les gros matelas de paille. J’ai racheté une barre de semis à dents en 6 mètres pour avoir les deux types d’éléments. Cette polyvalence me permet de choisir selon les conditions : la dents pour semer les couverts l’été dans la paille et le disque pour semer les cultures dans les couverts. 

Aujourd’hui ma rotation est construite de la manière suivante : colza associé (fenugrec, féverole, sarrasin, gesse et trèfle blanc nain pour la couverture pérenne) - blé tendre (en essayant de garder le trèfle blanc jusqu’au bout de son développement) - couvert d’été (base avoine, phacélie, lin, trèfle d’Alexandrie, radis chinois et fourrager, moutarde abyssinie, tournesol) - pois, féverole ou lin pour les semences - couvert d’été (tournesol, moutarde, radis fourrager, phacélie et sarrasin) - blé tendre - couvert d’hiver (tournesol, moutarde, radis fourrager, phacélie, sarrasin, féverole et vesce) - maïs - orge de printemps - orge d’hiver. 

Mes principaux échecs sont dus aux limaces. Selon moi, cette problématique est liée au semis direct mais surtout aux restitutions de la paille. Malgré les années sèches, on a eu la chance d’avoir toujours 15-20 mm qui faisaient lever les colzas en été. L’humidité reste entre le matelas de paille et la terre et le colza se fait attaquer. Les 2 premières années de SD, je me suis fait avoir. Mieux vaut être vigilant les premières années : soit retirer la paille, soit repenser la rotation. Il est possible de placer le colza derrière les pois dans la rotation pour diminuer la pression des limaces. 

Ces pratiques me semblent cohérentes. C’est plus facile pour échanger avec des non-ruraux. J’ai une anecdote sur le sujet. À l’automne, je passais avec mon pulvérisateur dans ma parcelle pour appliquer des oligo-éléments suite à l’interprétation des analyses de sève. J’ai remarqué un promeneur avec son chien sur le côté qui a tout de suite mis son pull sur le nez pour se protéger. Je me suis arrêté et suis descendu le voir pour lui expliquer ma démarche. Il a vu que je n’avais pas peur, n’étant moi-même pas protégé physiquement contre des produits phytosanitaires. Cela fait plaisir de raconter ce que l’on fait, de montrer que l’on essaie de changer les pratiques. C’est encourageant, on peut parler ouvertement. 

Il y a également la question des changements climatiques et du stockage de carbone qui pèse dans la balance. Je pense que dans tous les cas, tôt ou tard, on n’aura pas trop le choix de changer nos techniques. Plus on anticipe, plus on aura d’outils pour s’adapter. 

J’ai rejoint AgroLeague il y a un an. Je m’intéressais beaucoup aux analyses de sève pour travailler sur la nutrition et les analyses de sol classiques me laissaient un peu sur ma faim donc j’avais envie de voir une nouvelle approche. Les analyses de sève permettent d’anticiper, d’éviter certaines pertes de rendement et d’optimiser la partie phytos. Une plante bien équilibrée sera moins impactée par les ravageurs. C’est super intéressant : on a envie de savoir ce qu’il faut mettre ! Quand on reçoit les analyses de sève, au niveau des conseils on a tout ce qu’il faut : les interprétations, les endroits où acheter au meilleur prix, l’ordre d’incorporation des produits et les conseils d’application pour optimiser les passages. 

Ce que j’aime avant tout chez AgroLeague c’est l’indépendance. Que ce soit pour les programmes phytos, désherbage, fongicide, avoir un conseil sans intérêt de vente de produits permet d’avoir une vraie réflexion sur la réduction des doses.

J’ai toujours aimé tester de nouvelles choses, me poser des questions, regarder différentes techniques. Faire comme on a toujours fait, ça ne m’intéresse pas. J’aime apprendre des autres et avancer en pratiquant. Quand ça ne marche pas, il faut se relever et identifier comment faire mieux, tout en gardant le cap. Il faut être bien entouré, suivi et échanger avec les autres. C’est ce qui fait avancer. Si c’était à refaire, j’irais de nouveau dans cette démarche sans hésiter. Même si ce n’est pas toujours facile, on y prend beaucoup de plaisir ! Quand il y a la passion, le plaisir et la rémunération au bout du compte, on trouve la force de continuer. »

Adrien T. , membre AgroLeague dans la Meuse (55)

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