Le colza associé : la diversité au service de la performance

9/5/2022
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Le colza associé : la diversité au service de la performanceLe colza associé : la diversité au service de la performance

Associer le colza avec des légumineuses permet d’améliorer les rendements tout en réduisant la fertilisation azotée, les insecticides et les herbicides. C’est une belle porte d’entrée pour faire évoluer les agrosystèmes vers une gestion agroécologique des parcelles et relativement simple à mettre en place avec de l’anticipation et de la rigueur.

L’idée est d’accompagner le colza dans la première partie de son cycle végétatif afin de profiter des services écosystémiques naturels : fourniture d’azote, contrôle des ravageurs par la perturbation des insectes et l’hébergement d’auxiliaires de culture, gestion des adventices, protection des sols contre l’érosion, amélioration de la structure et de la fertilité des sols.

Tout est une question d’équilibre entre les gains liés à la plante compagne (azote, rendement, perturbation insectes, salissement) et le coût d’implantation, car il n’est pas question d’en sortir avec un bilan négatif.

Il est également important de souligner qu’une plante compagne va accentuer les performances d’un colza bien implanté, elle ne va pas régler les difficultés liées à une mauvaise implantation.

La réflexion commence en amont avec le test bêche pour évaluer la nécessité d’intervenir mécaniquement, la bonne date de semis ainsi qu’un itinéraire cultural adapté en respectant des règles de décisions fiables.

Choisir ses plantes compagnes : quelles légumineuses ?

Les éléments à prendre en compte

Les légumineuses sont plus tardives que le colza. Elles ont besoin d’au moins 500°C jour pour démarrer leur croissance dynamique. Le colza a une levée plus précoce et une phase de croissance dynamique plus courte, ce qui lui confère systématiquement au moins une semaine d’avance sur les légumineuses.

Cet aspect limite les risques de concurrence sur le colza dans la première phase du cycle et rend l’association fonctionnelle. L’indice de précocité est un paramètre important à prendre en compte pour une destruction naturelle en hiver (la destruction par les basses températures n’est effective que si les légumineuses arrivent au stade bouton).

Le 1er élément est le matériel disponible sur la ferme :

Au niveau des espèces, différentes caractéristiques sont à prendre en compte :

Mieux vaut être vigilant de ne pas augmenter le potentiel infectieux du sol au niveau de la problématique fongique (aphanomyces) s' il y a présence de légumineuses dans la rotation. Certaines légumineuses augmentent ce risque (lentilles, gesse, pois, trèfles, vesces), d’autres moins (féveroles, fenugrec, trèfle d’Alexandrie).

Une amélioration de la capacité d’enracinement et de la valorisation de l’azote synonyme d’économies d’engrais

Le transfert de l’azote des légumineuses au colza associé ne s’effectue pas à l’automne. Cependant, on constate un meilleur statut azoté des colzas associés à l’entrée de l’hiver comparé au colza seul.

Cela s’explique par la qualité de l’enracinement et de la structure du sol. 90% des racines des légumineuses se situent dans les 10 premiers centimètres, ce qui induit une amélioration de la porosité du sol et un meilleur enracinement du colza (le pivot d’un colza associé est plus profond de 3-4 cm comparé à un colza seul).

L’association permet une valorisation de l’azote minéral de l’ordre de 10 à 20 unités lié à la qualité de l’enracinement et qualité des sols dans un contexte de meilleure porosité.

Au printemps, le relargage de l’azote est différent selon les espèces de légumineuses en fonction de leur port et de leur rapport Carbone/Azote. La féverole avec son port dressé à moins de contact avec le sol (40% de sa biomasse sera minéralisée rapidement, les tiges restent en place) tandis qu’une vesce ou fenugrec avec leur port étalé ont 100% de leur biomasse aérienne qui sera au contact du sol, et vont donc restituer l’azote plus rapidement.

Cela montre l'intérêt d’associer plusieurs espèces pour améliorer la temporalité de relargage de l’azote pour l’interculture et la culture suivante.

Une réduction des attaques d’insectes donnant des perspectives de limitation des insecticides

La présence de plantes associées aux colzas entraîne une perturbation chez les insectes ravageurs et diminue le risque de dégâts sur la culture.

La perturbation peut être de différentes natures :

  • Perturbation visuelle : l’insecte reconnaît la couleur et la forme de leur plante hôte. Cela est accentué par un fort contraste entre le sol nu et la plante hôte en développement. La présence d’une plante compagne réduit ce contraste;
  • Perturbation olfactive : les insectes sont attirés par des composés volatils (constituant l’odeur spécifique de la plante hôte). La plante compagne masque ou trouble l’odeur et gêne l’orientation des insectes;
  • Théorie de l’atterrissage approprié/inapproprié : l’insecte se pose sur une plante et il y reste si c’est sa plante hôte ou redécolle soit pour sortir de la parcelle soit pour trouver la bonne;
  • Résistance par association : plante leurre ou piège – la plante hôte bénéficie de la protection de sa plante compagne.

Résultat d'essais

Des essais menés par Greenotec en 2019 pour comparer les dégâts d’altises sur colzas associés et colzas seuls ont montré un net plus pour le colza associé.

À l’exception d’une modalité, les résultats ont montré une réduction des morsures allant de -20% à -36% de pour le colza associé comparé au colza seul.

Comparaison du pourcentage de colza touché par les altises entre le colza associé et le colza seul (source : Greenotec, 2019)

Des essais menés en 2018 par Anthony Frison, agronome chez AgroLeague et agriculteur dans le Loiret, avaient pour objectif de comparer différentes modalités d’itinéraires techniques de travail du sol avec ou sans plantes compagnes.

Ils ont montré 2 à 5 fois moins de dégâts de charançon du bourgeon terminal pour les colzas associés comparés aux colzas seuls.

La présence de plantes compagnes a permis également de limiter les dégâts liés aux grosses altises. Les perforations de ces insectes pour pondre dans les limbes ou les collets des colzas a engendré des points d'entrée supplémentaires d'eau dans les colzas qui ont gelé ensuite, d'où la perte de pieds sur la photo 2. En respectant des règles de décision fiables, il est possible de limiter les passages d’insecticides.

Comparaison modalités avec plantes compagnes (photo 1) et sans plantes compagnes (photo 2) (source : Anthony Frison)

Un meilleur contrôle des adventices laisse entrevoir la possibilité de réduction des herbicides

Un colza associé bien implanté accompagné de légumineuses permet de réduire la pression des adventices (géranium, gaillet, matricaires).

La présence de plantes associées empêche la lumière d'arriver au sol et entraîne de fait une réduction de la levée des adventices. Cet aspect est intéressant dans un objectif de réduction des herbicides.

Des essais menés par Terres Inovia sur 15 exploitations sur la période 2013-2016 pour comparer le colza associé et le colza seul ont montré une corrélation entre le poids aérien du colza et la présence d’adventices sur les parcelles. On observe qu’au-delà de 1500 g/m2, le nombre d’adventices au m2 diminue nettement, avec les modalités colzas associés globalement meilleures que les modalités colzas seuls.


Relation entre le poids frais aérien et le nombre d’adventices pour colza associé et colza seul (source : Terres Inovia, 2016)

Résultat des essais

Les mêmes essais menés par Terres Inovia entre 2013 et 2016 ont montré des marges brutes multipliées par 1,35 à 2 comparées à des colzas seuls, 13% à 18% d’azote en moins, une baisse des charges en intrants de 25 à 35%, des charges phytosanitaires de 45 à 55% et des IFT divisé par 2.

Les essais menés en 2018 par Anthony Frison ont montré des résultats intéressants au niveau de la rentabilité pour les modalités avec plantes compagnes pour tous les types de travail du sol (+5% de marge brute pour la modalité colza associé comparée à la modalité colza seul en TCS, +2,5% en strip till et +4% en semis direct) à l’exception du labour (-1%).

Rendement*400€ - charges d’ITK précédentes – 300 € de charges opérationnelles identiques pour chaque ITK (source Anthony Frison, 2018)

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