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Glyphosate et vie du sol... une question de doses

Posté le 
26/2/2020
 par 
Loan Wacker

Un sujet sensible…

J’ai mis beaucoup de temps à rédiger cet article, c’est un sujet sensible, avec beaucoup de désinformation auprès du grand public, mais aussi au sein de la recherche. Je suis personnellement convaincu qu’à l’heure d’aujourd’hui interdire totalement le glyphosate nuirait au consommateur, à l’environnement et à l’agriculteur…

Si le glyphosate est un outil encore incontournable en SDSCV, je me suis souvent posé la question de l’impact de son utilisation sur le sol, et je vous partage aujourd’hui quelques éléments de réponse.

Tout est une question de dosage…

De ce que je vois chez les membres AgroLeague et globalement dans les systèmes en SDSCV, entre 150 et 500g de matière active de glyphosate/ha suffisent à détruire les repousses et à faire pousser une culture proprement. Soit bien moins que la dose homologuée.

Outre Atlantique les OGM ont permis l’utilisation systématique du glyphosate et entraînant des phénomènes de résistance de plus de 38 adventices différentes à la matière active… forçant les agriculteurs à augmenter les doses drastiquement, jusqu’à 2-3 kg de matière active/ha et de façon récurrente.

Et nous allons le voir, les effets du glyphosate sur les sols dépendent essentiellement de la dose appliquée.

Cet article a été rédigé en utilisant les données actuellement disponibles, en écartant les publications émanant d’organismes non neutres et en privilégiant les publication qui sont parues dans des journaux reconnus, comme “Nature” On peut citer et remercier les auteurs de “Glyphosate translocation from plants to soil - Does this constitute a significant proportion of residues in soil” publié en 2007, “Suppression treatment differentially influences the microbial community” publié en 2019, “Impact of glyphosate on soil microbial biomass and respiration: A meta-analysis” publié en 2016.

Y a t-il une migration du glyphosate de la plante vers le sol ?

Avant de commencer, c’est la question à laquelle il faut répondre et qui a fait l’objet de nombreuses recherches. La réponse est oui, sous forme de glyphosate et de son résidu, l’AMPA. Nous allons prendre pour exemple un essai mené aux Etats-Unis en 2007 et qui a été répliqué de nombreuses fois.

Les chercheurs détruisent  un couvert avec une dose standard de glyphosate à différents stades de la culture. Lors de la pulvérisation, le sol est protégé pour éviter une contamination directe. Des prélèvements de sol sont effectués 1h, 8 jours et 44 jours après l’application pour mesurer les transferts de glyphosate dans le sol.

Les résultats sont exprimés en pourcentage de la dose initiale. Globalement, 1h après on ne retrouve pas de glyphosate dans le sol. 8 jours après l’application, on retrouve 4% de la dose appliquée dans le sol et 12% est stocké dans les racines. 1 mois après l’application, entre 8% et 12% de la dose se retrouve dans le sol suivant le stade du couvert au moment de la destruction.

L’application de glyphosate influence-elle la vie du sol ?

Pour répondre à cette question, nous nous basons sur une méta-analyse, c’est à dire une compilation de plus de 191 articles de recherches en plein champ et en laboratoire.

La biomasse microbienne et la respiration microbienne sont les indicateurs utilisés pour mesurer l’activité biologique du sol.

La réponse est… ça dépend de la dose de glyphosate et du type de sol… L’effet du glyphosate sur la biomasse microbienne et la respiration du sol dépend de la dose appliquée, du pH du sol et du temps depuis l’application.

Globalement, l’application de glyphosate à des doses normales ne réduit pas significativement l’activité biologique. C’est à dire que les tests statistiques ne confirment pas que le glyphosate réduit l’activité biologique.

A forte concentration, le glyphosate ne diminue pas forcément l’activité biologique mais stimule certaines communautés microbiennes (bactéries saprophytes par exemple) et inhibe le développement d’autres (les champignons). Attention toutefois, en appliquant les doses de glyphosate homologuées, ces fortes concentrations de glyphosate ne se retrouvent que sur les 0,5 à 1cm de surface du sol.

Autre fait intéressant, les sols acides (pH< 5,5) semblent moins impactés par de fortes doses de glyphosate. Pour cause, le glyphosate est dégradé et entraîne une libération de phosphore dans le sol qui est souvent un facteur limitant pour ces types de sol.

La rémanence du glyphosate affecte la germination de la culture suivante ?

Des chercheurs Américains ont étudié l’impact de fortes doses de glyphosate sur la culture suivante. Des doses de 3000g/ha de glyphosate sont appliquées (6,4l/ha pour du glyphosate à 450 g/l) sont appliquées. C’est une dose très élevée, qui est d’ailleurs la dose maximale homologuée aux Etats-Unis.

Les essais portent sur de la vesce, de la navette, des pommes de terre et de l’avoine.

L’impact du glyphosate sur la levée dépend des espèces. Pour la légumineuse, aucune différence statistiquement significative n’est relevée entre les modalités traitées et les modalités témoin. Pareil pour la pomme de terre. Pour l’avoine, la perte à la levée est 15% supérieure sur les modalités traitées avec du glyphosate, et ça dépasse les 35% de pertes à la levée pour la navette !

Sans surprise les pertes à la levée entraînent une diminution du rendement pour les avoines et les navettes.

Quels sont les impacts des alternatives au glyphosate sur l’activité biologique ?

Ca pourrait être le sujet d’un autre article de l’agronomie et nous. Mais globalement, les alternatives au glyphosate sont l’utilisation d’un travail du sol ou d’un autre herbicide, peut-être plus nocif. Rien de rassurant pour l’activité biologique...

En résumé

  • Il y a un transfert du glyphosate de la plante vers le sol
  • A notre niveau de connaissance, l’impact du glyphosate sur l’activité biologique est assez faible, pourvu qu’on respecte de faibles doses
  • A doses élevées, le glyphosate impacte la vie du sol et la germination de la culture suivante
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