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Concilier agriculture biologique et ACS en système grandes cultures - le retour d’expérience de Stéphane Billotte 

Posté le 
17/3/2021
 par 
Roméo Vezo

Comment concilier agriculture de conservation et agriculture biologique ? C’est une question que se posent nombre d’agriculteurs en AB. Ces deux méthodes sont difficilement juxtaposables pour deux raisons principales. La première est la gestion des couverts végétaux, pratique essentielle en ACS. Comment les contrôler sans herbicides et sans travail du sol ? L’autre raison est la gestion des adventices. Sans produits de synthèse, pour les AB, la lutte se fait généralement par le travail du sol, ce que les agriculteurs en ACS souhaitent éviter. 

Stéphane Billotte est agriculteur dans l’Yonne en système grandes cultures. Il pratique l’agriculture de conservation depuis une quinzaine d’années et a décidé de convertir sa ferme en bio en 2018, en implémentant le semis direct sous couverts végétaux permanents.

Pourquoi a-t-il décidé de partir sur un tel système et comment l’a-t-il réfléchi pour qu’il soit fonctionnel ? Stéphane revient sur l’historique de la construction de son modèle qui concilie agriculture de conservation des sols et agriculture biologique.

Stéphane, peux-tu revenir sur l’historique de ta ferme ? 

Je me suis installé en 1996 sur la ferme familiale qui fonctionnait déjà à 90% en techniques simplifiées. Le challenge du semis direct m’a rapidement motivé pour aller plus loin dans l’amélioration de la fertilité de mes sols. J’ai décidé de le mettre en pratique à partir de 2004 avec l'implantation de couverts végétaux d’inter-cultures hivernaux et estivaux. Dès cette année-là, j’ai décidé de faire l’impasse sur la fumure de fond pour mettre ce budget ailleurs.

Les TCS et le SD ont cohabité pendant 3 ans, à la suite de quoi je n’ai plus du tout touché le sol. Je me suis un peu enfermé dans ce dogme en me disant que « la nature allait faire les choses ». Je suis rapidement sorti de ce dogme, notamment dans les parcelles avec une structure abîmée soit par des conditions de récoltes difficiles, soit par un couvert loupé, c’est plus simple de faire un petit travail du sol avec un minimum de retournement pour repartir du bon pied. Si je jugeais qu’une intervention mécanique était moins chère et plus judicieuse qu’une intervention chimique, je n’hésitais pas à faire un travail superficiel plutôt que d’attendre que les racines restructurent le sol. Les années où tout se passait bien, je faisais du semis direct pur, d’autres années je passais un coup de déchaumeur jusqu’à  30% de la surface. 

Ensuite, j’ai commencé à implémenter la pulvérisation bas volume et à me soucier de la dureté de l’eau. Cela correspond à la concentration en ions calcium et magnésium qu’il y a dans l’eau, qui est le support qui sert à apporter le produit à la cible : plus elle en contient, plus l’eau est considérée comme « dure ». Ces ions chargés positivement (Ca2+ et Mg2+) vont se lier aux ions chargés négativement dans la solution, comme ceux contenus dans le glyphosate par exemple. Une partie de la dose des substances actives va être bloquée par le calcium et le magnésium, donc il faut les neutraliser. J’ai fait le test avec une modalité « eau corrigée la veille + sulfo » préparée  à 1/2 dose et une modalité pleine dose avec une eau non corrigée. Résultat : la modalité 1/2 dose a eu un meilleur effet que la modalité pleine dose. Quand tu as compris ça, tu corriges systématiquement ton eau. 

En 2011 j’ai découvert les macérations. Mes différentes expériences m’ont sensibilisé au fonctionnement des plantes : même quand on réduit la dose, la chimie reste un stress pour le milieu. Plus on va vers un sol vivant, plus on se doit de réduire la chimie. On doit comprendre comment fonctionne le sol pour travailler avec lui. J’ai fait des tests avec différentes modalités et j’ai observé que les modalités avec macérations étaient plus efficaces que celles avec la chimie. J’ai vu qu’il y avait matière à creuser. En 2013, j’ai généralisé les pratiques de macérations sur toute la surface.

J’ai fait par la suite des tests avec des huiles essentielles. J’ai appris comment fonctionnent les produits naturels, surtout en préventif, il y a d’énormes possibilités. En 2018, je n’appliquais que peu d’herbicide (environ 40€/ha) et un peu d’azote, donc je me suis dit qu’il valait mieux le valoriser en bio. 

Comment as-tu adapté ta transition en bio au semis direct ? 


Depuis 2004 j’implante des couverts d’inter-cultures longs et courts. Depuis 2016, j’ai commencé à implémenter des couverts permanents. C’est devenu difficile de faire lever des couverts estivaux. Parfois, hormis un couvert permanent, rien ne pousse en conditions sèches. Je vais continuer à faire des couverts courts, je suis prêt à dégainer le semis à la volée si les conditions s’y prêtent, mais s’il fait sec derrière ça n’a aucun intérêt. J’ai décidé de partir sur un système avec des couverts permanents de luzerne que j’enrichis tous les ans pour rapporter de la diversité. Aujourd’hui, j’ai 2/3 de la SAU en couverts permanents. 

Quand le couvert est bien implanté je n’y touche pas, il y en a qui sont en place depuis 7 ans. Si le couvert n’a pas joué son rôle, je ne m’interdis pas de passer un coup de déchaumeur 10 jours avant le semis pour détruire les graminées. À l’automne, je sème du trèfle et de la luzerne avec les céréales pour entretenir un minimum le couvert permanent. Je sème à faible dose, entre 1 et 2 kg/ha, je peux y ajouter parfois un peu de lotier. À chaque passage, je renfloue si le couvert n’est pas dense. Le couvert permanent se salit au moment où il fleurit, la plante ne restitue plus rien et le sol fait lever des dormances d’autres espèces pour combler le vide. Je vais utiliser un broyeur pour les couverts avant floraison. Par ailleurs, je n’ai pas d’élevage mais j’ai un partenariat avec un berger qui laisse pâturer ses moutons 6 mois sur la ferme à hauteur de 150 ha par an. Ça permet de contrôler naturellement la pousse des plantes tout en fertilisant le sol.

Je cultive du blé, blé alternatif, triticale, lentilles, sarrasin et tournesol sur la quasi-totalité de la ferme. J’opte pour des variétés agressives au niveau racinaire et je les booste en appliquant de la fertilisation localisée sur la ligne de semis pour que la culture prenne le dessus rapidement sur le couvert. J’apporte un engrais organique que je complète avec du soufre élémentaire. Le soufre élémentaire débloque la fertilité naturelle du complexe argilo-humique, il rend accessible des éléments nutritifs comme le phosphore. Ensuite, j’apporte des oligos et/ou des macérations : en général au stade 3 feuilles et en sortie d’hiver. Au printemps, j’utilise l’homéopathie pour contrôler la luzerne.

Comment se passe la récolte ? 

Le problème est venu quand la luzerne a pris le dessus sur le blé à cause de la sécheresse. Quand elle monte en graines, la récolte devient humide et donc difficile à trier, stocker et conserver. Il fallait trouver une solution au milieu du mois de juillet, donc je suis allé acheter une coupe andaineuse et un pick up de moissonneuse batteuse. 

L’idée est de la faire sécher au champ car ça ne coûte rien. La coupe devant le tracteur andaine la récolte. Ces andains sèchent naturellement sous le soleil. 4-5 jours plus tard, je les ramasse avec un pick up. Cela me permet d’être plus efficace dans le triage au séparateur que j’ai sur ma ferme.

Le mot de la fin ? 

Je n’ai pas mis d’engrais de fond depuis 20 ans, j’ai remonté mon taux de matière organique de 2% en 1996 à 7% en moyenne aujourd’hui (avec une parcelle qui monte à 13,77%). Depuis que j’utilise les macérations, mes taux de MO ont considérablement grimpé. Quand j’ai commencé le semis direct, je gagnais +0,1% de MO par an. Depuis 5 ans, je suis passé à +0,3% par an, c’est un coup d’accélérateur au gain de MO. Quand je suis passé en bio, mon système était prêt à accueillir cette transition.

Aussi, le plus important c’est d’avoir une couverture du sol. Le couvert permanent est une des seules méthodes pour avoir une couverture assurée. En bio, il ne faut pas juste arrêter de mettre des produits. On se doit de bien observer le milieu : état des cultures, salissement, structure du sol, etc. le métier d’agriculteur c’est de gérer les équilibres.

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