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Comment limiter la hernie du chou sur colza ?

Roméo Vezo
Responsable du contenu agronomique
Ravageurs
23/5/2022
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Comment limiter la hernie du chou sur colza ?Comment limiter la hernie du chou sur colza ?

La hernie du chou (Plasmodiophora brassicae) **est une maladie fongique qui touche les crucifères, et tout particulièrement le colza.

Ce ravageur, présent dans le sol, s’attaque aux racines qui s’hypertrophient et prennent un aspect de galles. La dégradation du système racinaire peut engendrer des pertes de rendement allant de quelques quintaux à l’anéantissement total de la récolte.

Il est donc essentiel de bien connaître les conditions d’apparition de ce champignon ainsi que les méthodes prophylactiques existantes pour limiter les dégâts sur le colza

Crédit : Baptiste Duhamel

Une maladie qui apparaît principalement dans les sols acides

La hernie du chou est un champignon du sol qui se développe dans les milieux à tendance acide et hydromorphe.

Son développement est favorisé par des conditions de chaleur et d’humidité lors de l’implantation du colza : la contamination survient avec des températures de 20 à 25°C et une teneur en eau du sol de 80% de la capacité de rétention.

La hernie du chou présente trois phases de développement :

  • La germination des spores au repos, puis infection par pénétration d’un poil absorbant ;
  • La libération de zoospores secondaires dans le sol ;
  • L’infection des cellules corticales et division cellulaire : formation des renflements, puis les racines deviennent laineuses et hypertrophiées (aspect de galles). Les renflements finissent par noircir et pourrir.

Visuellement, un colza touché par la maladie présentera les symptômes suivants : rougissements, défauts de développement et flétrissement.

Crédit : Baptiste Duhamel

Les pratiques culturales communes pour limiter les effets de la hernie :

  • Opter pour la mise en culture d’une variété résistante. ⚠️ Les variétés résistantes à la hernie du chou ont un potentiel de rendement inférieur à leurs homologues. Il est possible de mélanger 20 à 30% d’une variété sensible à une variété résistante pour réduire la pression de sélection sur la hernie et réduire la perte de potentiel de rendement liée à l’aspect variétal.
  • Allonger la rotation des cultures : plus la fréquence du colza dans la rotation est faible, plus le risque d’attaque de la hernie du chou diminue. La durée de vie du champignon dans le sol est d’environ 10 à 17 ans, il est donc primordial de bien réfléchir la rotation et d’éviter les plantes hôtes ;
  • Prévenir la dispersion en limitant les déplacements de la maladie avec l’eau, le sol et l’équipement matériel ;
  • Assurer un bon drainage du sol et éviter la présence de zones saturées en eau dans la parcelle ;
  • Éliminer les mauvaises herbes susceptibles d’incuber la maladie sur un cycle long (crucifères telles que les ravenelles, sanves, capselles, sisymbres, etc.).
  • Appliquer et incorporer soigneusement du calcaire pour augmenter et maintenir le pH eau du sol (viser un pH de 7 à 7,5) ;
  • Mettre en place des pratiques en interculture ou des semis “leurre” pour couper le cycle du champignon.

Dans la suite de cet article, nous développerons les deux derniers points énoncés.

Le chaulage permet de créer des conditions défavorables au développement du champignon

L’application de chaux ou carbonate de calcium est une méthode utilisée pour combattre la hernie depuis très longtemps. En effet, et de manière générale, un sol acide favorise le développement de la maladie.

L’application d’un amendement basique n’élimine pas le champignon responsable de la hernie, mais elle crée des conditions défavorables à son développement. Le pHeau du sol doit être progressivement augmenté et maintenu au dessus de 7.

⚠️ L’application massive ou répétée de chaux peut réduire la disponibilité du phosphore et d’autres éléments mineurs dans le sol (magnésium, manganèse, bore et zinc), ce qui peut impacter la croissance du colza. Il peut donc être plus judicieux de favoriser des apports de carbonates de calcium.

Par ailleurs, des résultats d’essais ont démontré l’effet répressif du bore sur le développement de la hernie (DIXON, 1994). Comme l’application de chaux est susceptible d’en diminuer la disponibilité et que les crucifères sont des cultures particulièrement exigeantes en bore, il est prudent de prévoir un apport supplémentaire de bore au sol dans le contexte du chaulage contre la hernie.

Crédit : Stéphane Matry

Le semis de couvert “leurre” : une pratique alternative

Il existe des pratiques d'interculture ou semis “leurre” qui peuvent diminuer la pression liée à la hernie du chou.

Selon certaines sources, l’enfouissement de couverts végétaux, dont le seigle en particulier, aurait un effet sur l’inhibition du développement de la hernie (TREMBLAY et al., 2010).

L'utilisation d'une culture intermédiaire sensible à la hernie comme la moutarde pendant quatre à cinq semaines peut également avoir un effet dépressif sur le développement du champignon. Celle-ci incite les spores de repos du champignon à produire des zoospores qui vont aller pénétrer les poils absorbants des plantes. Si cette culture appât est détruite à ce moment, la première génération de zoospores n’a pas le temps de compléter son cycle et le niveau de la maladie est de facto abaissé pour la suite.

⚠️ Le timing est très important pour la réussite de cette technique : le couvert leurre doit être détruit au bon moment.

Crédit : Baptiste Duhamel


Comme chaque ferme est un cas particulier, nous suivons le risque en consultant la
**carte des communes touchées par la hernie du chou** fournie par l’institut technique Terres Inovia et tenons les membres de la League informés.

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Références

DIXON, G. R. "Repression of the morphogenesis of Plasmodiophora brassicae Wor. by boron-a review." ISHS Brassica Symposium-IX Crucifer Genetics Workshop 407. 1994.

TREMBLAY N. et al., 1999. La hernie des crucifères, stratégies de lutte. Direction générale de la recherche agricole et agroalimentaire canadienne. En collaboration avec l’Association des Jardiniers Maraîchers du Québec (AJMQ) dans le cadre du Programme de partage des frais d’investissement en R&D de la Direction générale de la recherche.

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