Gestion des pucerons sur blé

Martin Rollet, Florent Franzetti, Matthieu Perraudin
Ravageurs
18/10/2022
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Gestion des pucerons sur blé Gestion des pucerons sur blé

Biologie et résistance au froid

La dispersion des pucerons est favorisée par un climat marqué par une l'absence de pluie, peu ou pas de vent et des températures supérieures ou égales à 12 degrés en journée. Le puceron peut vivre environ 2 mois s'il fait 15 degrés, 1 mois s'il fait 10 degrés. En dessous de 3°C, les pucerons ne sont plus actifs mais ils peuvent survivre tout l’hiver si la température ne descend pas en dessous de -5 à -12°C.

Nuisibilité par culture

Les pucerons (essentiellement Rhopalosiphum padi) présents à l’automne peuvent transmettre plusieurs virus notamment le BYDV responsable de la jaunisse nanisante de l’orge. C’est de la levée au stade 3 feuilles que la contamination est la plus préjudiciable. La sensibilité n’est pas la même selon les espèces. L’orge et l’avoine sont les cultures les plus sensibles. Le blé est quant à lui plus sensible que le triticale et le seigle. Cette maladie peut être observée sur l’ensemble du territoire avec de fortes variations annuelles (tout le monde a encore en mémoire la forte pression de l’automne 2019).

Crédits photos : Florent Franzetti

Surveillance des populations

Observer, dès la levée, des séries de 10 plantes réparties sur plusieurs lignes de semis (≥ 5) et compter les plantes abritant un ou plusieurs pucerons (quelle que soit l’espèce) pour déterminer le pourcentage de plantes habitées.

  • Privilégier les zones à risque (proche de haies ou de réservoirs potentiels tels que des bandes enherbées, jachères, maïs…).
  • Réaliser les observations par beau temps, durant les heures les plus chaudes du début d’après-midi et avec peu de vent. À ce moment-là, les pucerons sont montés sur les feuilles et plus faciles à observer. Le matin, ils se cachent au pied du feuillage (collet).

Il est impératif de réaliser les observations quand les conditions sont favorables, au risque d’en tirer de mauvaises conclusions.


Seuil d’intervention :

  • Intervenir si la fréquence de plantes habitées par au moins un puceron est supérieure à 10 %,

ou

  • Intervenir si des pucerons sont observés plus de 10 jours, quelle que soit la fréquence de plantes habitées, afin d’endiguer la colonisation de la parcelle.

Tu peux aussi surveiller les abords de la parcelle comme les chemins, les haies. Ce sont les premiers lieux de refuges pour les pucerons.

MÉTHODES DE LUTTE

On ne connaît aucun moyen de lutte contre le virus lui-même, mais on peut lutter contre le puceron vecteur du virus.

a) Lutte agronomique préventive

La lutte contre les pucerons commence par la gestion des repousses de céréales qui constituent un refuge pour les pucerons durant l’été. D’ailleurs, les parcelles à proximité d’anciens maïs sont un peu plus à risque, à cause de la présence de pucerons dans ces parcelles.

La date de semis est également prépondérante dans le risque vis-à-vis de ces ravageurs. Dans le Grand-Est par exemple on considère généralement que les semis postérieurs au 15-20/10 présentent un risque bien moindre que ceux de début octobre.

Pour les escourgeons, la sélection de variétés tolérantes à la JNO permet également de limiter fortement le risque vis-à-vis des pucerons. Attention néanmoins car ces variétés sont tolérantes mais pas résistantes. En cas de grosse pression, un insecticide peut s’avérer rentable.

Symptômes JNO de virose sur orge d'hiver - Crédits photos : Florent Franzetti

b) Lutte en végétation

Lutte phytosanitaire :
Il n'existe pas de traitement insecticide de semences efficace contre les pucerons. La lutte s’envisage en végétation quand le seuil de déclenchement est atteint. Dans les solutions non chimiques, certains utilisent le savon noir en pulvérisation pour lutter contre le puceron.
Nous n'avons peu de retours chiffrés sur son efficacité qui paraît inférieure à celles des solutions chimiques.

L'insecticide est à réaliser dans le cas uniquement où le seuil est atteint au risque de favoriser le développement de phénomènes de résistance et de détruire le reste de la faune selon le produit utilisé.
La persistance d’action de la plupart des insecticides autorisés (pyréthrinoïdes) est de l’ordre de 1 à 2 semaines (3 semaines maximum). Ils agissent par contact et ne protègent pas les nouvelles feuilles formées.

Plusieurs solutions chimiques sont homologuées (liste non exhaustive) contre les pucerons :
- Les produits de la famille des pyréthrinoïdes dont la CYTHRINE MAX ou le KARATE ZEON par exemple. Ces produits présentent l’avantage de leur faible coût en dépit d’une rémanence assez limitée. Ils ont en revanche le gros inconvénient de leur manque de sélectivité sur les auxiliaires, qui incitera à ne surtout pas systématiser leur usage. Ils agissent par contact et ingestion d’où une faible rémanence.

- Le MAVRIK SMART : un peu plus cher, tout aussi efficace, et surtout bien plus respectueux des auxiliaires.

Et les pistes de travaux agronomiques?

Les interactions insectes/plantes sont très étudiées mais les applications terrains ne sont pas encore confirmées.

Quelques pistes de travaux intéressantes :

- Plus la plante consomme d’azote, plus elle devient appétente pour les pucerons (GASH 2012, ALTIERI 2015).

Il pourrait donc être important de limiter la disponibilité azotée au démarrage de la culture via l’implantation d’un couvert qui fait effet CIPAN ou en limitant la fertilisation localisée. Évidemment, il faut trouver le bon compromis entre limiter l’excès d’azote et ne pas pénaliser la culture.

En semis tardif, par exemple, le risque puceron diminuant, on pourra utiliser la fertilisation localisée pour booster les plantes.


En semis précoce, il serait prudent d’éviter de mettre trop d’azote à disposition de la plante surtout que cette période est encore propice à la minéralisation du sol. La forme d'azote ne semble pas avoir d'effet.

- Les pucerons auraient du mal à digérer des protéines complexes. En aidant la plante à synthétiser ces protéines, on pourrait diminuer la pression. Le calcium joue aussi un rôle important dans la cicatrisation. Des pistes de travail intéressantes sur la nutrition sont donc en cours mais sont encore en cours de validation à la fois agronomiquement et économiquement.

- Des travaux montrent qu’en produisant une protéine encore inconnue, certaines plantes sont plus résistantes aux pucerons. Les pucerons piquent moins et se reproduisent aussi moins.

Ces plantes ont aussi montré une plus grande production de graines en conditions de fortes chaleurs.

Des travaux sont en cours pour identifier cette protéine et voir quels seraient les facteurs qui pourraient influencer sa production (génétique, nutrition…).

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*CYTRINE MAX : cyperméthrine : 500 g/L

*KARATE K : Lambda-cyhalothrine 5 g/L + Pyrimicarbe 100 g/L

*KARATE ZEON : Lambda-cyhalothrine 100 g/L

*MAVRIK FLO : tau-fluvalinate : 240 g/L

Source :
- Arvalis

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