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Choisir son semoir en agriculture de conservation

Mis à jour le
15/7/2021
 par 
Bastien Lamothe

Le choix de ton semoir en ACS est probablement l'une des pièces de matériel les plus importantes, alors mieux vaut bien la choisir !

Il est important de préciser que le semoir est un élément qui rentre dans la stratégie globale de gestion de la ferme en agriculture de conservation.

Les 3 principes fondamentaux sont :

  • Une absence de travail du sol
  • Une rotation de cultures fonctionnelle
  • Une couverture permanente du sol via la mise en place de couverts végétaux performants

Les 2 différents types de semoirs

La question du semoir est un sujet qui revient régulièrement en agriculture de conservation et parmi nos membres. Celui-ci doit s’adapter aux conditions pédoclimatiques locales et aux pratiques de l’agriculteur pour permettre un semis homogène et garantir une levée optimale des graines.

À dents ou à disques ? Quel semoir pour quelles conditions et quelles utilisations ?

On synthétise dans cet article les avantages, inconvénients et réglages de ces deux types de semoir.

1. Le semoir à dents

👍 Avantages

  • Coût plus avantageux que le semoir à disques
  • Passage facilité en conditions humides avec moins de risques de lissage du sillon
  • Travail par arrachement : moins de paille dans le sillon et augmentation de la minéralisation par un brassage de la terre
  • Largeur d’inter-rang plus facilement ajustable

👎 Désavantages

  • Risque de bourrage de paille/débris végétaux (surtout dans des couverts avec des espèces ligneuses ou grimpantes) mais il existe des semoirs à dents avec disque ouvreur à l’avant
  • Bouleversement de la terre par arrachement: levée d'adventices supérieure
  • Puissance requise supérieure
  • Assèchement du sol
  • Difficulté à contrôler les profondeurs de semis si le sol n’est pas uniforme
  • Pénétration du sol difficile en condition sèche (ce qui fait pénétrer le sol en condition sèche, c'est la forme de la dent et pas le poids exercé sur le semoir)
  • Effet de tri (tendance à remonter les pierres en surface)

💡 En savoir plus sur les éléments d'un semoir à dent

Réglages du semoir à dents

Les réglages sur un semoir à dents sont globalement plus simples que sur un semoir à disque.

Contrôle de profondeur

Dépend des conditions climatiques, de la quantité de débris végétaux et des tailles de graines à implanter. Globalement, le réglage de profondeur se fait par différentes roues de jauge sur le semoir, ou par la roue de rappuie derrière la dent.

Vitesse

4 raisons de réduire la vitesse de semis avec un semoir à dents en semis-direct:

  1. Suivi du relief : pour une régularité de semis optimale.
  2. Limiter les grains en surface (le rebond des grains dans le fond du sillon).
  3. Limiter l’effet de création de terre fine trop importante en surface.
  4. En conditions sèches et dans les sols pierreux, pour réduire l’usure du matériel.

Son intérêt est de bien placer la graine au fond du sillon pour garantir un contact sol/graine adéquat et la présence d'humidité nécessaire à la levée, tout en limitant les levées d’adventices.

La fermeture du sillon

Possibilité aussi de rajouter une chaîne traînante ou des peignes pour ramener de la terre dans le sillon dans le cas où la roue de fermeture ne referme pas assez.

2. Le semoir à disques

👍 Avantages

  • Pas de bourrage quand il y a de la végétation (soit il coupe, soit il passe par dessus les amas de végétation)
  • Pas de limite de quantité de végétation pour le semis
  • En condition sèche, si on charge l'élément et qu'on réduit la vitesse, il rentre dans le sol (usure prématurée disques et roulements)
  • Il bouleverse moins de terre et donc fait lever moins de mauvaises herbes et induit moins d'assèchement de la zone semée
  • Nécessite une plus faible puissance de traction

👎 Désavantages

  • Coût plus élevé parce que les éléments sont plus complexes à mettre en œuvre (roulements, système de pression régulière ...)
  • Usage plus délicat en condition humide (lissage, bourrage et pincement de la paille dans le sillon)
  • Moins de minéralisation parce que moins d'injection d'air dans le sol

💡 En savoir plus sur les éléments d'un semoir à disques

Disque ouvreur (*cf aussi possible sur semoir à dents)

Eléments préparatoires des disques semeurs. Il ouvre la terre et coupe la végétation.

Les disques peuvent avoir une forme plus ou moins gaufrée ou ondulée. Ils ont aussi un rôle de travail du sol pour créer de la terre fine, stimuler la minéralisation. Il n'est pas forcément utile dans tous les cas. En effet, il peut avoir comme effet de faire lever des adventices et d'assécher la zone de semis.

En termes de réglages, il est primordial qu'il ne travaille pas plus profond que le disque semeur.

Disque semeur

Deux cas distincts :

  1. Soit un seul disque légèrement incliné par rapport à l'avancement.
  2. Soit un double disque accolé ou légèrement décalé.

Dans les réglages importants, il faut que le disque qui coupe ait un bon angle et pas de jeu excessif pour ne pas mettre de paille dans le sillon et éviter l'usure des pièces.

La pression (roue de jauge)

Détermine la pression le long du disque semeur.

Dans certaines conditions, on a intérêt à avoir des roues de jauge décollées pour exercer une pression moindre sur le disque. Grosse pression en été, moins de pression en hiver.

Plusieurs types de roues de jauge peuvent être proposés. Le choix est à raisonner par rapport à votre type de sol :

  • Soit une roue large
  • Soit une roue plus ou moins étroite.

En semis direct, la roue étroite est mieux adaptée pour le semis direct car moins impactée par d'éventuels gros paquets de végétations.

Point de vigilance : la roue de jauge peut être à côté du disque ou derrière le disque. Son intérêt n’est pas le même. A côté du disque, elle sert uniquement de réglage de profondeur, et derrière, on est sur la profondeur mais aussi la pression. La roue de jauge peut soit exercer un contrôle indépendant; soit être accolée à l'organe d'enterrage.

Contrôle de profondeur

Dépend des conditions climatiques, de la quantité de débris végétaux et des tailles de graines à implanter. Plus il y a de débris => profondeur plus importante parce que la roue de jauge roule sur un matelas de végétaux et n’est pas au contact direct de la terre.

Intérêt fort de l'avoir à proximité de l'organe d'enterrage.

Il faut maintenir une bonne pression au sol pour que le semoir rentre bien dans le sol et que la roue de jauge fasse son boulot de maintien de la régularité de profondeur de semis.

Attention: La pression sur la roue de jauge, c'est du tassement le long des graines. Si roue de jauge sur la terre, il ne faut pas que ça vienne faire un effet de lissage (si on garde la même pression en été et en hiver par exemple, quand la terre est humide en surface).

Rappuie de la graine

Possibilité de dispositif de rappuie de la graine au fond du sillon :

  • Languette.
  • Languette puis roulette (“Coup de pouce du jardinier”).
  • Roulette (favoriser plutôt une roulette en caoutchouc (assez mou) pour ne pas trop écraser la graine au fond du sillon, et avoir aussi un effet de débourrage facilité).
La fermeture du sillon

Plusieurs type de fermeture de sillon existe :

  • Roue de fermeture en biais pour repousser de la terre dans le sillon ouvert (il existe 2 types en fonction du type de terre : roulette complètement lisse adaptée à des limons car elle va se débourrer naturellement ; roulette crantée pour argile car les particules d’argile viennent se caler entre les crans et garantissent une fermeture correcte).
  • Roue à cheval sur le sillon et pousse la bande de terre.

Le choix de la technique de fermeture du sillon dépend de ton type de sol.

Dans les argiles, on évitera une roue lisse qui a tendance à faire un boudin qui se rasséche et craquèle rapidement (rouvrant le sillon).

Des roues crénelées ou dentées faisant de la terre fine fermant plus facilement le sillon sont à privilégier (attention, c'est une pièce d'usure).

Attention aussi à l'effet de la herse de fermeture. Elle n’est là que pour un effet visuel derrière le semoir, elle est inutile si le semoir est bien réglé. Il pourrait même y avoir un effet négatif car on viendrait remettre de la terre/matière végétale sur le sillon donc on vient augmenter la profondeur de semis => irrégularité de levée donc des quintaux en moins.

Possibilité aussi de rajouter une chaîne traînante pour ramener de la terre dans le sillon dans le cas où la roue de fermeture ne referme pas assez.

La vitesse

La vitesse s’adapte à ce qu’on veut faire et au type de semoir. Semoir à double disques on va avoir tendance à réduire la vitesse de semis :

  • Suivi du relief : pour une régularité de semis optimale.
  • Limiter les grains en surface (le rebond des grains dans le fond du sillon).
  • Limiter l’effet de création de terre fine trop importante en surface.
  • En conditions sèches et dans les sols pierreux, pour réduire l’usure du matériel.
  • Avec un semoir mono disque on peut augmenter la vitesse (10 km/h) car on éjecte mieux la paille. On aura donc moins de paille dans le sillon.

Son intérêt est de bien placer la graine au fond du sillon pour garantir un contact sol/graine adéquat et la présence d'humidité nécessaire à la levée.

Choisir son semoir par rapport à son contexte

Le choix de son semoir en semis direct fait partie intégrante de la réflexion du système quand on veut mener une agriculture de conservation des sols. Il n’existe pas de machine idéale qui convient à toutes les situations : certains semoirs sont plus adaptés à certaines situations que d’autres.

Pour faire son choix, il est important de prendre en compte les avantages et les inconvénients de chaque type de semoir et de les comparer aux caractéristiques de son contexte pour prendre la bonne décision. Il faut bien déterminer ce que l’on va demander au semoir au vu des conditions locales.

Le rôle du semoir en semis direct est d’ouvrir le sillon sans (ou presque sans) bouleverser le sol, de placer la graine (avec ou sans fertilisation localisée) puis de refermer le sillon pour mettre en contact la graine avec le sol. Plus on bouleverse le sol, plus on va créer des conditions favorables à la levée d’adventices. La mise en place de couverts performants est la clé. Sans couverture du sol, le sol se reprend en masse, ce qui peut impliquer de retravailler le sol pour l’oxygéner.

🪱 Les 4 caractéristiques d’un bon semoir SD sont :

  1. Un bon contact sol-graine permet d’humecter la graine pour la germination.
  2. Une profondeur régulière de semis permet une levée homogène dans le temps, première condition de réussite d’un bon rendement. Un pied qui lève en retard sera concurrencé par le pied voisin et perdra du potentiel dès le départ.
  3. Une bonne capacité de pénétration dans le sol : un sol non travaillé peut être plus ou moins dur.
  4. La capacité de passer au travers de la végétation pour déposer la graine.

1. Précisions sur les différents types de semoirs

Semoir à dents

Les avantages des semoirs à dents sont qu’ils sont généralement moins chers, plus légers et moins complexes à régler. En revanche, ils bouleversent plus le sol et induisent parfois une moins bonne régularité de profondeur de semis. Cela dépend de comment la dent est tenue : avec un châssis fixe, les dents ne suivent pas la surface du sol. Avoir un contrôle indépendant permet d’améliorer ce facteur (système sur parallélogramme ou bras tiré suffisamment long et 1 roue de jauge par rang).

On peut également privilégier les dents fines (15 mm max) pour remuer le moins possible de terre et éviter de remettre en germination les mauvaises graines. Il est important d’avoir une rangée de peignes rigides ou roulette de appui derrière pour ramener de la terre sur le sillon et assurer un bon contact sol - graine.

Plus le matelas végétal est haut (derrière des gros couverts ou des gros résidus de maïs grain), plus les dents doivent être hautes et espacées (70 à 90 cm entre les dents pour avoir assez de dégagement pour les résidus). Avoir un grand débattement sous bâtis permet d’éviter l’accumulation de résidus qui peuvent bourrer le semoir.

Semoir à disques

Les avantages des semoirs à disques sont qu’ils coupent plus facilement les résidus verts et les plantes vivantes, qu’ils travaillent moins le sol et qu’ils assurent un meilleur contact sol graine en l’absence de gros résidus pailleux. Ils présentent néanmoins un plus grand risque de tassement et de lissage du sillon en conditions humides. La régularité de profondeur de semis des semoirs à disque à roue de jauge latérale au point de mise en terre est meilleure.

Il existe 2 types de disques :

  1. Les disques droits sont plus adaptés aux terres argileuses et caillouteuses car ils bougent moins de terre. Si lissage il y a, il se fera sur le côté et non en profondeur. De plus, si l’on pratique les TCS sur l’exploitation, les disques droits seront plus adaptés que les disques inclinés car si la terre est meuble et travaillée, il peut y avoir des risques de bourrage.
  2. Disques inclinés : mieux adaptés aux limons sableux.

Les semoirs type SD 3000/great plains à double train de disques (disques ouvreurs puis disques semeurs) : les disques ouvreurs éjectent une bonne partie des résidus et préparent un peu de terre devant le double disque semeur. Ce sont des semoirs qui permettent un peu plus de réchauffement et de minéralisation du sillon, mais bouleversent beaucoup de terre et demandent plus de puissance. Ils peuvent être intéressants dans des terres à réchauffement plus lent.

2. Les règles à respecter pour le semis direct

L’écartement

Min 15 cm entre les éléments (en dessous, cela peut présenter des complications quand il y a des résidus végétaux).

Max 25 cm car plus les lignes sont écartées, plus les plantes ont besoin de temps pour couvrir le sol et plus on s’expose aux risques de levée et de concurrence de graminées adventives (vulpin, ray grass). Si la parcelle présente un risque de présence d’adventices, mieux vaut éviter d’avoir un inter-rang supérieur à 20 cm.

Le poids du semoir

Plus il est large, plus il est lourd, plus l’impact sur la structure du sol sera accru (d’autant plus accentué par les conditions humides). Il aura également besoin d’un tracteur plus puissant donc plus lourd.

La vitesse de semis

On ne peut pas avoir une bonne qualité de semis à grande vitesse. Le semis direct n’est pas un semis rapide, sinon on s’expose à des  inégalités de profondeur de semis. Plus la vitesse est élevée,  plus il y a de terre projetée, moins bon est le contact sol-graine et plus la levée d’adventices sera importante.

En général, la vitesse de semis est comprise entre 4 et 12 km/h selon la conception de l'équipement du semoir et en fonction du sol (12 km/h pour un semoir à disques en bonnes conditions).

La surface

Surface va être déterminante dans le choix de la largeur du semoir :

  • Jusqu’à 150 ha : semoir de 3 m
  • De 150 ha à 250 ha : semoir de 4m
  • De 250 ha à 500 ha : semoir de 6 m
  • Au delà de 500 ha : privilégier un 12 m

Comme le semis se fait à une vitesse modérée, il faut être efficace quand le créneau de semis se présente. Si l’achat du semoir se fait en groupe (CUMA) et que la machine sera partagée, mieux vaut partir soit sur 2 machines (une à dents et une à disques), soit sur une grosse largeur pour optimiser les pertes de temps liés aux réglages et au transport.

Le remplissage du semoir

Cette étape ne doit pas être sous-estimée.

Avec un semoir à disque de 3 m qui sème à une vitesse de 10 km/h, le rendement horaire brut est de 3 ha/h. L’organisation du remplissage du semoir va beaucoup impacter le rendement horaire, le faisant chuter entre 2 ha et 2.6 ha/h selon le temps passé à remplir surtout si il y a plusieurs trémies (engrais + semences).

Retour d'expérience autoconstruction

L'autoconstruction représente une solution plus abordable lorsqu'on fait le choix d'un semoir en demis direct. Point de vigilance : l’autoconstruction est gourmande en temps et peut entraîner des pertes si la machine n’est pas au point.

Il est plus facile d’autoconstruire un semoir à dents qu’un semoir à disques donc si on veut avoir les 2 sur la ferme pour être bien équipé, mieux vaut investir dans un semoir à disques et construire son semoir à dents.

Cela est d’autant plus vrai si l’on reçoit des primes de l’Etat. Dans ce cas, peut être est il plus judicieux d’investir dans un semoir à disques car cela laisse la possibilité de construire son semoir à dents.

Il n'y a pas 2 semoirs autoconstruits identiques. Chacun fait selon ses possibilités, son contexte et son avancée technique. On va voir ici les retours d'expérience des membres de la League.

Découvre les retours d'expérience:

BONUS: Live autoconstruction avec Paul Champouillon

On part ensemble à la découverte du semoir de Paul, membre AgroLeague installé en Meurthe-et-Moselle !


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