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Mettre toutes les chances de son côté pour réussir les colzas

Mis à jour le
27/10/2020
 par 
AgroLeague

Avec une surface cultivée historiquement autour d’1,5 million d’hectares, le colza est l’oléagineux le plus cultivé sur le territoire français. Il participe à la fois à la durabilité des exploitations et à la sécurisation des revenus des agriculteurs.

Le colza est une culture agronomiquement indispensable en tête d’assolement, particulièrement importante pour la diversification des rotations classiques. C’est une culture créatrice de valeur et d’opportunités économiques. Des projets émergent et laissent entrevoir une augmentation de la demande dans les prochaines années. Deux exemples : à partir de 2022, les chaudières au fioul et à charbon seront remplacées progressivement dans les bâtiments neufs et existants par des chaudières fonctionnant au F30 (bio fioul composé à 30 % d'ester méthylique de colza). Aussi, depuis fin 2018, Saipol, filiale du groupe Avril, propose pour les poids lourds un carburant issu à 100 % de colza origine France pour les moteurs diesel : l’Oleo100.

Cependant, les difficultés que rencontrent certains agriculteurs ces dernières années remettent en cause la pérennité de cette culture dans leur assolement. Les dernières estimations d’Agreste au 1er mai 2021 donnent une sole de colza inférieure à 1 million d’ha, ce qui représente une baisse de près de 400.000 ha comparé à la moyenne quinquennale. Les raisons sont multiples : problèmes à l’implantation, dégâts de ravageurs (altises, limaces, virus de la jaunisse, charançons de la tige et méligèthes), évènements climatiques pendant le cycle cultural (gel, déficit hydrique, excès d’eau en sortie d’hiver).

Face à ces défis, nous souhaitons vous partager des clés agronomiques et techniques afin de mettre toutes les chances de votre côté pour réussir et pérenniser cette culture.

Principes fondamentaux pour obtenir un colza robuste et performant  

Un pré-requis : le test bêche pour évaluer l’état structural du sol

La structure du sol est un élément déterminant pour assurer une bonne implantation des cultures. Une structure tassée peut être corrigée par un travail du sol adapté. A contrario, si le sol présente une bonne structure, le travail du sol n’est pas nécessaire. Dans ce cadre, effectuer un profil de sol au télescopique reste la méthode la plus précise, mais elle est chronophage et demande une certaine expertise pour l’analyse. Une méthode plus simple à mettre en place pour réfléchir à la stratégie d’implantation de son colza est le test bêche. Il permet d'effectuer un diagnostic rapide de la structure du sol afin de confirmer ou d’infirmer l’importance d’un travail de sol.

Ce test se déroule en 4 étapes :

  1. Observer la surface du sol (résidus végétaux, cailloux, présence de turricules de vers de terre, croûte de battance).
  2. Extraire un échantillon en creusant une tranchée de 30 cm de profondeur. La dureté du sol au moment de creuser est une première information.
  3. Observer le bloc (idéalement sur une bâche). Il faut observer comment se désagrège ce bloc de terre : facilement (terre fine), bloc (motte décimétriques), continu (monobloc).
  4. Il faut prendre chaque motte, la couper en 2 et observer l’intérieur de la structure : forme des mottes (rondes ou angulaires), porosité, présence de racines, lissage.

La grille d’interprétation permet de situer l’état structural du sol sur une échelle de 1 (structure du sol favorable, poreuse et sans tassement) à 5 (tassement important et peu de porosité). Les mottes sont classées en 3 catégories : les mottes poreuses (Γ gamma), les mottes compactes (Δ delta) et les mottes compactes avec des traces d’activité biologique (Δb delta b). Plus le sol est poreux et non-tassé, plus la structure du sol est favorable.

Source: Arvalis

Les principaux enjeux du colza et règles de décision à adopter

Pour être performant en termes de rendement, productivité et qualité, le colza doit être robuste.

En d’autres termes, il doit être capable d’absorber les contraintes de l’environnement (aléas climatiques et aux bio-agresseurs) sans passer par une intensification des intrants pour exprimer son potentiel de rendement.

Les principaux enjeux auxquels fait face le colza dans son cycle sont l’homogénéité de la levée, la concurrence des adventices, les attaques d’insectes et la nutrition azotée (automnale et printanière).

Source : Anthony Frison

L’implantation est une étape clé.

Le colza a besoin d’environ 80°C à 90°C jour pour lever.  La texture du sol va également jouer sur la dynamique de levée. Le climat est très souvent sec au moment du semis de colza, ce qui complique la mise en place de la culture, en particulier dans les sols argileux (les zones sableuses et limoneuses et les climats océaniques laissent plus de marge de manœuvre). Le système racinaire pivotant du colza est très sensible à la compaction du sol, d’où l’importance du test bêche pour diagnostiquer l’état structural du sol. On peut compter qu’il doit être levé au 1er septembre.

S'ensuit une phase de croissance relativement lente jusqu’au stade 4 feuilles, période pendant laquelle il met en place son système racinaire et fait peu de croissance foliaire. Le colza a besoin de 400°C jour pour atteindre le stade 4 feuilles (si la somme des températures est de 20°C, il faut 20 jours). Durant cette phase critique, il est essentiel qu’il soit dominant sur la parcelle. Pour assurer la suite de son développement, il est crucial qu’il atteigne le stade 4 feuilles avant l’arrivée des grosses altises sur la parcelle. Celles-ci arrivent généralement dans un moment de redoux après une phase froide et humide qui a souvent lieu entre mi et fin septembre selon le contexte climatique de la zone géographique. Il faut donc prévoir sa date de semis en fonction des conditions locales pour répondre à cette exigence. Par ailleurs, plus l’historique d’attaque d’altises est élevé dans le secteur et plus il est recommandé de semer tôt et de mettre en place des leviers agronomiques tels que des cultures associées.

Jusqu’à l’entrée d’hiver, la plante entre dans une phase de croissance dynamique : elle croît d’environ 1 feuille tous les 70-80°C jour. Durant cette phase, la nutrition est essentielle pour lui permettre de générer de la biomasse. Les objectifs à atteindre au 15 novembre sont d’avoir un colza bien implanté avec un pivot d’au moins 15 cm de profondeur, une biomasse supérieure à 1,5 kg/m² et plus de 85% de plantes saines pour viser un rendement supérieur à 30 qx/ha. Le test Berlèze (méthode de comptage des larves d’altises) constitue une bonne règle de décision sans pour déterminer si un passage d’insecticide est nécessaire à l’automne.

En résumé, les points intéressants à garder en tête pour obtenir un colza robuste sont ceux énoncés par Terres Inovia :

  • Atteindre le stade 4 feuilles avant l’arrivée des altises (au 15-20 septembre);
  • Avoir un pivot de 15 cm en novembre;
  • Assurer une croissance dynamique;
  • Avoir un colza vigoureux en entrée d'hiver.

Le colza associé : la diversité au service de la performance

Associer le colza avec des légumineuses permet d’améliorer les rendements tout en réduisant la fertilisation azotée, les insecticides et les herbicides. C’est une belle porte d’entrée pour faire évoluer les agrosystèmes vers une gestion agroécologique des parcelles et relativement simple à mettre en place avec de l’anticipation et de la rigueur.

L’idée est d’accompagner le colza dans la première partie de son cycle végétatif afin de profiter des services écosystémiques naturels : fourniture d’azote, contrôle des ravageurs par la perturbation des insectes et l’hébergement d’auxiliaires de culture, gestion des adventices, protection des sols contre l’érosion, amélioration de la structure et de la fertilité des sols.

Tout est une question d’équilibre entre les gains liés à la plante compagne (azote, rendement, perturbation insectes, salissement) et le coût d’implantation, car il n’est pas question d’en sortir avec un bilan négatif. Il est également important de souligner qu’une plante compagne va accentuer les performances d’un colza bien implanté, elle ne va pas régler les difficultés liées à une mauvaise implantation. La réflexion commence en amont avec le test bêche pour évaluer la nécessité d’intervenir mécaniquement, la bonne date de semis ainsi qu’un itinéraire cultural adapté en respectant des règles de décisions fiables.

1. Choisir ses plantes compagnes : quelles légumineuses ?

Les légumineuses sont plus tardives que le colza. Elles ont besoin d’au moins 500°C jour pour démarrer leur croissance dynamique. Le colza a une levée plus précoce et une phase de croissance dynamique plus courte, ce qui lui confère systématiquement au moins une semaine d’avance sur les légumineuses. Cet aspect limite les risques de concurrence sur le colza dans la première phase du cycle et rend l’association fonctionnelle. L’indice de précocité est un paramètre important à prendre en compte pour une destruction naturelle en hiver (la destruction par les basses températures n’est effective que si les légumineuses arrivent au stade bouton).

Le premier élément à prendre en compte dans la réflexion est le matériel disponible sur la ferme :

Au niveau des espèces, différentes caractéristiques à prendre en compte :

Ensuite, il faut être vigilant à ne pas augmenter le potentiel infectieux du sol au niveau de la problématique fongique (aphanomyces) s' il y a présence de légumineuses dans la rotation. Certaines légumineuses augmentent ce risque (lentilles, gesse, pois, trèfles, vesces), d’autres moins (féveroles, fenugrec, trèfle d’Alexandrie).

2. Une amélioration de la capacité d’enracinement et de la valorisation de l’azote synonyme d’économies d’engrais

Le transfert de l’azote des légumineuses au colza associé ne s’effectue pas à l’automne. Cependant, on constate un meilleur statut azoté des colzas associés à l’entrée de l’hiver comparé au colza seul. Cela s’explique par la qualité de l’enracinement et de la structure du sol.

90% des racines des légumineuses se situent dans les 10 premiers centimètres, ce qui induit une amélioration de la porosité du sol et un meilleur enracinement du colza (le pivot d’un colza associé est plus profond de 3-4 cm comparé à un colza seul). L’association permet une valorisation de l’azote minéral de l’ordre de 10 à 20 unités lié à la qualité de l’enracinement et qualité des sols dans un contexte de meilleure porosité.

Au printemps, le relargage de l’azote est différent selon les espèces de légumineuses en fonction de leur port et de leur rapport Carbone/Azote. La féverole avec son port dressé à moins de contact avec le sol (40% de sa biomasse sera minéralisée rapidement, les tiges restent en place) tandis qu’une vesce ou fenugrec avec leur port étalé ont 100% de leur biomasse aérienne qui sera au contact du sol, et vont donc restituer l’azote plus rapidement. Cela montre l'intérêt d’associer plusieurs espèces pour améliorer la temporalité de relargage de l’azote pour l’interculture et la culture suivante.

3. Une réduction des attaques d’insectes donnant des perspectives de limitation des insecticides

La présence de plantes associées aux colzas entraîne une perturbation chez les insectes ravageurs et diminue le risque de dégâts sur la culture. La perturbation peut être de différentes natures :

  • Perturbation visuelle : l’insecte reconnaît la couleur et la forme de leur plante hôte. Cela est accentué par un fort contraste entre le sol nu et la plante hôte en développement. La présence d’une plante compagne réduit ce contraste.
  • Perturbation olfactive : les insectes sont attirés par des composés volatils (constituant l’odeur spécifique de la plante hôte). La plante compagne masque ou trouble l’odeur et gêne l’orientation des insectes.
  • Théorie de l’atterrissage approprié/inapproprié : l’insecte se pose sur une plante et il y reste si c’est sa plante hôte ou redécolle soit pour sortir de la parcelle soit pour trouver la bonne.
  • Résistance par association : plante leurre ou piège – la plante hôte bénéficie de la protection de sa plante compagne.

Des essais menés par Greenotec en 2019 pour comparer les dégâts d’altises sur colzas associés et colzas seuls ont montré un net plus pour le colza associé. À l’exception d’une modalité, les résultats ont montré une réduction des morsures allant de -20% à -36% de pour le colza associé comparé au colza seul.

Des essais menés en 2018 par Anthony Frison, agronome chez AgroLeague et agriculteur dans le Loiret, avaient pour objectif de comparer différentes modalités d’itinéraires techniques de travail du sol avec ou sans plantes compagnes.

Ils ont montré 2 à 5 fois moins de dégâts de charançon du bourgeon terminal pour les colzas associés comparés aux colzas seuls.

La présence de plantes compagnes a permis également de limiter les dégâts liés aux grosses altises. Les perforations de ces insectes pour pondre dans les limbes ou les collets des colzas a engendré des points d'entrée supplémentaires d'eau dans les colzas qui ont gelé ensuite, d'où la perte de pieds sur la photo 2. En respectant des règles de décision fiables, il est possible de limiter les passages d’insecticides.

Comparaison modalités avec plantes compagnes (photo 1) et sans plantes compagnes (photo 2):

Avec plantes compagnes
Sans plantes compagnes

4. Un meilleur contrôle des adventices laisse entrevoir la possibilité de réduction des herbicides

Un colza associé bien implanté accompagné de légumineuses permet de réduire la pression des adventices (géranium, gaillet, matricaires). La présence de plantes associées empêche la lumière d'arriver au sol et entraîne de fait une réduction de la levée des adventices. Cet aspect est intéressant dans un objectif de réduction des herbicides.

Des essais menés par Terres inovia sur 15 exploitations sur la période 2013-2016 pour comparer le colza associé et le colza seul ont montré une corrélation entre le poids aérien du colza et la présence d’adventices sur les parcelles. On observe qu’au-delà de 1500 g/m2, le nombre d’adventices au m2 diminue nettement, avec les modalités colzas associés globalement meilleures que les modalités colzas seuls.

Relation entre le poids frais aérien et le nombre d’adventices pour colza associé et colza seul (source : Terres Inovia, 2016)

5. Un bilan économique intéressant

Les mêmes essais menés par Terres Inovia entre 2013 et 2016 ont montré des marges brutes multipliées par 1,35 à 2 comparées à des colzas seuls, 13% à 18% d’azote en moins, une baisse des charges en intrants de 25 à 35%, des charges phytosanitaires de 45 à 55% et des IFT divisé par 2.

Les essais menés en 2018 par Anthony Frison ont montré des résultats intéressants au niveau de la rentabilité pour les modalités avec plantes compagnes pour tous les types de travail du sol (+5% de marge brute pour la modalité colza associé comparée à la modalité colza seul en TCS, +2,5% en strip till et +4% en semis direct) à l’exception du labour (-1%).

Rendement*400€ - charges d’ITK précédentes – 300 € de charges opérationnelles identiques pour chaque ITK (source Anthony Frison, 2018)

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