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Philippe

Ain

"Je ne sais pas pourquoi mais j'aime bien les vaches. J’ai fait une école d'agriculture, j'ai toujours voulu être paysan. En 87, j'ai repris la ferme de mes grands parents où il n'y avait plus rien. J’ai attaqué par faire du lait avec 9 vaches. C’était à la fin des Trente Glorieuses; on a cru qu'en grossissant on allait devenir riche. Donc j'ai grossi.

La chance que j'ai eu, c'est que mon père n'avait pas de ferme. Il m'a jamais rien obligé et il ne m’a jamais dit non. Et donc, j'ai toujours fait ce que j'ai voulu. Il m'a beaucoup aidé. J’ai pu partir, tout le temps. Je suis allé 3 ou 4 fois aux États-Unis. Je suis parti dans toute l'Europe et en Russie. Je suis parti voir des vaches, j'ai fait reporter et j'ai vendu des doses pour les centres d’inséminations américains. J'ai toujours travaillé à voir autre chose, mais toujours pour les vaches.

J’ai fait ma carrière, j’ai grossi, j’ai acheté des robots de traite… Et puis on avait beaucoup de cochons avec mon cousin. On était associé, on avait le même âge et il s'est suicidé en janvier 2010. La question après est « qu’est-ce qu'on fait » ? On avait un truc de passionnés, mais peut être à peine assez géré. La conjoncture a tellement été difficile en cochon. Après 2010, je ne voulais pas rester tout seul. Je suis reparti dans un GAEC quelques années. Et puis je suis revenu sur ma ferme d'origine, tout seul.

À 56 ans, j'ai fait un reset complet; j’ai vendu les vaches, j’ai arrêté de traire. 2 ans où j'ai beaucoup voyagé. Ma femme a été précieuse dans les moments de doute. Puis, j'ai très vite su ce que je voulais faire : je rachèterais des vaches dans un système complètement autonome. Je ne veux plus rien acheter. Je ne veux plus faire travailler la chimie, l'agro-industrie. J’ai monté un système où je suis autonome et résilient par rapport à l'économie, par rapport au changement climatique, par rapport à l'extérieur et où je vis un peu plus sereinement. J’ai rattaqué il y a un an et demi et j’ai livré mon premier litre de lait bio le jour de mon anniversaire, de mes 56 ans. C'est un système merveilleux. Je suis passé d'un système à Holstein en robot à 11 000 litres à un système mono-traite jersiaises entre 3500 et 4000 litres. Pâturage tournant, de l'herbe à foison. Des vaches qui sont merveilleuses.

Donc, il faut changer le système. Pas produire plus mais calculer la marge. Au niveau élevage, j’y suis arrivé vite. C’est la cohérence des systèmes qui fait que ça marche ou pas. Des mauvais systèmes, il y en a partout, des très bons systèmes efficients, il y en a partout. C’est aussi ce que je vois en voyageant avec le groupe European Dairy Farmers. C’est juste qu'il faut trouver un système qui corresponde à son environnement, à ses contraintes, à ses atouts. Je ne revendique pas le fait d’être en bio,  je suis très content de l'être. Mais ce qui me désespère, c'est qu’on veut toujours opposer les gens pour tout, alors qu'il y a plein de choses à prendre partout.

Maintenant que je suis calé avec les vaches, je me pose la question des cultures. Il y a 20 ans que je fais des prix de revient et on voit qu'on n’y arrive pas parce qu'on est dans des régions intermédiaires. Les prix ont baissé et ne suffisent pas. Sur 5 ans, une année, on vend bien et sur les 4 restantes, on galère. On ne fait pas de rendement, on a des charges de structure qui sont beaucoup trop importantes, donc on a des prix de revient en céréales qui nous ne permettront jamais de gagner notre vie. Il faut donc arriver à trouver des systèmes avec lesquels on peut faire comme avec les vaches, c'est à dire retravailler avec la nature, essayer comprendre comment fonctionne un sol, comment ça peut se régénérer, mieux exprimer son potentiel et arrêter la chimie. De faire plus d'agronomie pour essayer de comprendre ce qui se passe, pour pouvoir l'adapter toujours à notre système, et essayer de profiter de l'expérience des autres. Je ne suis pas vraiment passionné par les terres, j'ai des bases d'agronomie, mais j'ai besoin de comprendre et d'avoir un oeil extérieur indépendant sur ce qu'on peut faire chez moi. J'ai mis longtemps pour trouver du conseil avant de rejoindre AgroLeague.

Si on le veut bien, le métier de paysan, c'est un super métier. Mais il faudra le changer. Le meilleur choix que j'ai fait, c'est de racheter des vaches et ça, je suis vraiment content. Ça me permet de pouvoir transmettre quelque chose qui fasse envie et qui est résilient. Je n'ai pas la prétention de vouloir dire j'ai trouvé le système qui va. J'ai juste trouvé mon système, il n'y a pas de recette."

Philippe, membre AgroLeague installé dans l’Ain

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