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Mathieu

Cher

« Je suis né sur une ferme. J’ai accompagné grand-père qui m'a inculqué les valeurs du travail. Je me suis installé en 2004, avec mon père et mon oncle, suite à un voyage en Nouvelle-Zélande. À l'époque, il y avait les stages de pré-installation; il fallait faire 6 mois à plus de 40 km de la ferme. Donc, je suis parti à 17000 km. On ne peut pas aller plus loin sur terre. On fait de l’élevage avec 250 vaches charolaises allaitantes. On fait naître et on engraisse. 95% de l'alimentation vient de la ferme. Il y a 3 ans, on a lancé une activité brebis avec ma femme. L’idée des brebis, c’est de faire du plein air intégral, avec pâturage des couverts d'interculture, chez nous ou chez des voisins céréaliers. Je ne sais pas ce que je ferais si je n'étais pas paysan. C'est notre vie, on vit sur la ferme. Ce sont les animaux, avant même notre famille. La clé du système, c'est quand même la diversification, le fait d'avoir de l'élevage, des cultures. Plusieurs formes d'élevage, c'est sécurisant dans l'espace et dans le temps. Et si on se plante sur une culture, ça finit toujours en fourrage. Ça n’est jamais perdu. Si on n'avait pas toutes ces cartes, tous ces atouts, on ne bénéficierait pas de tout le système. 

J'ai basculé vers l’agriculture de conservation il y a cinq ans, quand on a acheté notre semoir après avoir visité des fermes, et avec aussi les restes de la Nouvelle-Zélande. On s'est pris au jeu et on s’est vraiment axé sur l’amélioration des sols, sur l'intensification du vivant en fait. Peu importe le modèle du tracteur, peu importe le modèle du semoir, peu importe l'autoguidage. Tout ça, c'est du confort. Le semoir de semis direct est la base de la réflexion et du système, de ne plus remuer le sol. On a fait des erreurs, on en fait encore. Et puis, on s'améliore tous les ans et le sol grandit avec nous. Le sol ne réagit plus comme il y a 5 ans non plus. On apprend tout le temps.

Ma motivation, c'est d'enrichir les sols en matières organiques pour pouvoir mieux passer les sécheresses. Je regarde beaucoup ce qui se fait aux États-Unis. Pour moi, ils sont vraiment en avance. Ce qui me plait, c'est que ce n'est pas par le matériel, mais par le vivant végétal qu'ils font avancer les choses. J’espère que dans 10 ans, je serais au niveau de Gabe Brown en matière organique, en autonomie fourragère, que je lèverais le pied sur la fertilisation, avec plus d'autonomie globale et, à terme, peut-être passer en bio. C’est un objectif final, mais on y passera que quand on sera prêt. Je regarde aussi beaucoup Joel Salatine pour l'élevage, avec lequel il optimise tout, et améliore les sols aussi. En 20 ou 30 ans, ils ont multiplié par 3 le potentiel de production de leurs terres, qui avaient été épuisées pendant 50 à 100 ans auparavant. Ça, c'est  motivant, ça me donne beaucoup d'espoir. Et quand on parle de l'avenir, je suis optimiste. On a jamais eu autant de connaissances. Ce sont les connaissances qui vont faire qu'on sera encore là dans 20 ans. Ce ne sont pas les robots, les drones… mais la compréhension des systèmes, de la nature. On progresse plus grâce au vivant que grâce à la mécanique, qui est là en soutien. 

Avec AgroLeague, on est allé visiter les Deneuville, les Charpentier, et une fois que tu les rencontrés, tu as compris les systèmes et c'est à toi de le faire. On a mis en place tout ce qu'il y avait à mettre en place au départ, et aujourd'hui, on affine. Mon patron en Nouvelle-Zélande, qui était l’un des pionniers sur la qualité des sols, me disait que le schéma de la fertilité et du progrès, c'est une pyramide : tu plantes les fondamentaux, les équilibres de sol, et après tu travailles sur les stratégies fourragères avant d’affiner.

Tout ce que je fais, ce n'est pas de la croyance, mais c’est parce qu’on l’a essayé et que ça a marché. Le progrès est à la portée de tous. Quelle que soit la ferme en France, il y a des solutions. Je me remets souvent en question. C’est un choix de vie. C’est un confort de rester dans une stratégie que l’on connait mais je pense que l’avenir, ce sera l’ouverture d’esprit. Le potentiel est énorme. Il y a un mouvement de fond. La connaissance se répand. Il y a beaucoup de moyens de progresser aujourd’hui que l’on avait pas avant. Tout va très vite, le monde n’attend pas. Tu prends le train ou tu ne le prends pas. » 

Mathieu, membre AgroLeague installé dans le Cher 

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