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Gilles

Côte-d'Or


« Je suis issu d’une famille d’éleveurs en Côte-d’Or. Mon père avait une ferme de 80 ha avec une centaine de brebis. Il a ensuite arrêté les moutons et transformé les bergeries en écuries pour mettre des chevaux en pension. 

J’ai étudié au lycée agricole de Semur-en-Auxois. J’ai passé mon BTA (baccalauréat technique agricole) en 1998 puis je suis parti en stage au Canada pendant 7 mois. J’étais au Nord d’Edmonton, dans l’Alberta, sur une « petite » exploitation de 800 hectares de grandes cultures (blé, colza, fétuque). Le climat y est assez sec et les potentiels de rendements plutôt limités (environ 40 q/ha pour le blé et 15 q/ha pour le colza). J’ai eu la chance d’y vivre une saison complète, du semis mi-avril, jusqu’à la moisson début octobre. Découvrir un système dans un autre pays avec d’autres contraintes, à la fois pédo-climatiques mais aussi logistiques et économiques, fut une expérience très enrichissante.

À mon retour en France, j’ai d’abord travaillé dans des entreprises de TP (travaux publics) en parallèle de la ferme familiale avant de m’installer en 2003 sur 80 ha. Puis, à la retraite de mon père en 2008, j’ai combiné les 2 pour monter ma SAU à 160 ha. 

Sur la partie que j’ai reprise, ce sont des terres séchantes. Lors des années de sécheresse, j’ai vu mes rendements chuter et j’ai pensé qu’il me fallait trouver des solutions. Je suis assez ouvert d’esprit alors j’ai commencé à me renseigner sur internet. J’y ai découvert l’agroforesterie et le semis direct. J’ai tout de suite trouvé ces concepts intéressants : moins de travail, d’usure de matériel et de frais pour un rendement équivalent. Dès lors, j’ai fait plusieurs formations, notamment avec Lucien Seguy en 2012. Et là, un choc ! Un personnage extraordinaire qui a bouleversé ma vision de l’agriculture. 

Mon père ne labourait plus, je n’ai par conséquent jamais labouré. J’ai toujours travaillé en superficiel donc j’avais déjà en tête de travailler le sol le moins possible. J’ai démarré doucement dans cette direction et j’ai essuyé quelques échecs. J’ai essayé de semer des couverts estivaux avec un semoir à sabots mais ce n’était pas l’idéal. Souvent on déchaumait, mais avec le sec derrière ça ne poussait pas. Peut-être des mauvais choix de couverts et le fait d’être un peu tout seul à démarrer ce type d’agriculture dans la zone. 

J’ai eu l’occasion d’acquérir un Sprinter Horsch il y a 5 ans que j’ai monté avec des pointes fines. J’arrive à semer dans des couverts pas trop développés à 25 cm d’écartement. J’ai testé sur différentes parcelles en y allant à tâtons. Je suis désormais convaincu de cette technique et vais franchir le cap du semis direct à plus grande échelle cette année. Pour pallier les problématiques liées à la sécheresse, je pars sur des couverts semi-permanents de trèfle et luzerne dans lesquels je ne m’interdis pas de ressemer d’autres espèces annuelles. 

Le regard des autres est très marquant quand on s’essaie à une agriculture différente de la norme. Souvent, on nous attend au tournant lorsque l’on essuie des échecs. Moi je pense que dès l’instant où l’on est convaincu d’un système, il n’y a pas de raison que ça n’aille pas. C’est cet esprit de groupe et ce soutien que j’ai trouvé chez AgroLeague. Quand on voit d’autres membres qui y arrivent, des gens qui font ça depuis plus de 20 ans, on se dit qu’on ne part pas dans une direction erronée. On se dit qu’on n’est pas tout seul, que d’autres l’ont fait avant nous, et on profite de cette expérience collective pour ne pas subir les échecs des premiers. 

Mon objectif est de créer un système le plus diversifié, le plus vertueux et le plus profitable possible. Parallèlement, en 2016 j’ai planté une parcelle de 4 ha en agroforesterie avec des noyers, peupliers, merisiers et alisiers. Ce projet a été subventionné à 80% par différentes parties prenantes. L’idée est d’avoir du bois pour ma retraite. J’ai également pour ambition de recréer un élevage ovin sur la ferme : avoir une troupe de 100 à 200 brebis pour valoriser les couverts. Quelque part, j’ai envie de dire, c’est un peu revenir 50 ans en arrière, mais avec le progrès technique que l’on a aujourd’hui ! »

Gilles, membre AgroLeague en Côte-d’Or (21)



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