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Frédéric

Allier

"On est issu d'une famille d'agriculteurs, sur la même ferme depuis au moins cinq générations. Je ne me suis jamais imaginé faire autre chose. Même avant d'aller à l'école, je n’avais qu'une hâte, c'était de sortir et d'aller avec mes parents pour travailler auprès des animaux, sur les vieux tracteurs. À 25 ans, je me suis installé sur une ferme tout seul, à 10 km de chez mes parents. Je gérais mon truc comme je voulais en travaillant quand même avec la famille.

On a la chance d'être agriculteur sur des terrains qui ont un très faible potentiel. Si tu t'écartes trop, la nature ne te le rendra pas; c’est un gros atout dans le conditionnement de nos esprits et de nos modes de fonctionnement. Et puis, très vite, quand j’ai eu 30 ans, c'était le balbutiement des premiers forums agricoles. Et une formidable opportunité : tu pouvais échanger avec des gens qui sont à l'autre bout de la France et qui ont des systèmes complètement différents du tien. C’était le premier pas vers la liberté. On avait le réseau structuré, on avait les gens avec lesquels discuter et qui pouvaient nous rassurer sur ce qu'on allait essayer parce qu’ils l'avaient déjà fait avant. Quand tu te dis que tu n’es pas tout seul, c’est un sentiment d'appartenance à une mouvance; tu sens que c'est positif et que ça va te faire progresser. Et c'est par cette voie qu’on est allé vers l'agriculture de conservation des sols, au début pour des questions d'usure de matériel et de temps disponible. À ce moment là, on n’avait pas à l'esprit le côté agronomique et l'amélioration des sols. On est assez nombreux à avoir démarré comme ça, et puis on s'est rendu compte qu'il pouvait y avoir des bénéfices.

Quand on a commencé à changer des choses sur la ferme familiale, on travaillait ensemble avec mon père, ma mère et mon frère. J’avais plus d'affinité pour la partie cultures qui participait à l'alimentation du troupeau. Mon père et mon frère m'ont toujours laissé faire ce que je voulais sans contrainte. On a continué à essayer des choses, à se remettre en question face aux échecs. Et puis, on a tenté de trouver des solutions qui pourraient nous permettre d'améliorer les récoltes, tant en termes de rendements qu'en termes de valeur alimentaire. Les couverts qu'on met en place chez nous, ce ne sont pas des couverts qui ont une destination agronomique pure et dure, ce sont des couverts qui nous servent à faire pâturer pour les animaux. On a fait une croix sur la vision idéale des couverts végétaux axés cultures, puisqu’on a l'élevage à côté et que ce n'était pas compatible. 

L’enjeu sur la ferme aujourd’hui, c'est d'être résilient. C’est d'essayer de continuer à ne pas acheter à l'extérieur et à produire suffisamment de fourrage sur place, tout en continuant d’améliorer le taux de MO, la qualité et la fertilité des sols. Ça passe par une modification profonde du visage de la ferme familiale. Jusqu'à il y a encore 5 ans, on était une ferme familiale spécialisée dans l'élevage avec 200 vaches allaitantes, puis on a monté en 2020, deux nouveaux poulaillers Label en plus de celui qu’on avait déjà, mais en même temps, on a réduit le troupeau. Aujourd'hui, on a 160 vaches. Tout ça, c'est aussi pour diversifier les sources de production et de revenus. Il vaut mieux diminuer le nombre d'animaux, qu’on soit capable de les nourrir, et se donner une bouffée d'oxygène et une sécurité. En aucun cas, nous ne sommes des exemples à suivre ! On n’a pas la prétention de dire aux gens ce qu’ils devraient faire, on a juste le sentiment que nos pratiques sont en phase avec nos convictions.

Ce qui est important pour moi aujourd’hui, c’est d'être aligné avec ce que j'imagine être bon pour la ferme, pour le climat et puis pour l'environnement, la population en général. J’ai vraiment l'impression qu’en tant qu'agriculteur, on s'attribue le rôle de ceux qui font la nourriture mais notre rôle ne se résume pas à ça. Il n’y a pas beaucoup de profession qui puisse revendiquer avoir un impact positif sur la concentration de CO2 dans l'atmosphère par ses pratiques. Si on peut continuer à produire de la nourriture de qualité tout en agradant les sols et en rendant des services environnementaux, je le vois comme un métier vertueux et comme une boucle. Si je me voyais simplement comme un agriculteur qui produit, je ne me verrais pas de façon entière." 

Frédéric, Paysan Intergalactique, installé dans l’Allier

@AgroEtCow

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