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Etienne

Hainaut, Belgique

"Comme bien souvent, je suis devenu agriculteur dans le cadre d’une succession de père en fils. J’ai été amené à prendre la décision plus tôt que prévu. À 18 ans, en dernière année qualifiante, mon père a eu un accident. J’ai choisi de rester sur l’exploitation dans la foulée. Une dizaine d’années plus tard, je l’ai reprise, d’abord avec un frère, et puis seul en 2004.

On est en polyculture élevage, et dans la transition qu’on met en place, on est de plus en plus convaincu que c’est le système qu’il nous faut - on a des vaches laitières, un troupeau à viande et quelques moutons, avec 120 ha en cultures, prairies temporaires et permanentes en faire-valoir. On est pratiquement autonomes pour l’alimentation de nos animaux. Grâce à l’agriculture de conservation, on arrive à sécuriser presque toute la production fourragère et les rendements malgré les extrêmes climatiques. Quand on voit la flambée des prix de la protéine, savoir produire des fourrages de substitution riches nous permet de moins nous soucier des fluctuations du marché. On ne laboure plus depuis 25 ans alors qu’on a des assolements qui peuvent compliquer les semis d’automne par la récolte des plantes sarclées. On est en biennale céréales et quadriennale pommes de terre, betteraves et maïs épis. Cette culture est intéressante pour nous avec le couvert implanté avant la culture et la MO que le maïs restitue. On a commencé à tester le SD l’année dernière mais on a la couverture de sol depuis longtemps, et on ajoute maintenant de plus en plus d’espèces dans les couverts. On se met au méteil grains secs pour gagner en autonomie. La paille non nécessaire pour les animaux est convertie en échanges paille-fumier pour maximiser les retours de matière organique. On a aussi mis en place une méthanisation avec notre lisier en 2015. On produit de l’électricité pour la consommer; on est autonome à 75% à ce jour.

Mon questionnement aujourd’hui est de savoir comment gérer au mieux la matière organique, avec une bonne évolution et ne pas gaspiller ce dont on dispose. Avec AgroLeague, je travaille pour être certain de faire les bons choix sur comment restituer cette MO et développer une fumure adaptée. Suite à l’installation d’un moulin à la ferme en partenariat avec un boulanger, avec vente directe de farine aux particuliers, on a remarqué que les céréales produites avec des fumures mieux calées, procurent des taux de protéine très corrects malgré le niveau d’azote modéré ajouté. Ce n’est pas de la protéine issue des engrais mais celle produite naturellement par la plante. Le boulanger voit la différence au niveau de la panification. Et je me dis que ce qu’on remarque dans les céréales, doit être pareil pour les productions fourragères pour nos animaux.

Pour les betteraves, le travail sur la fumure est aussi une piste pour arriver à trouver une solution alternative aux insecticides classiques. Il y a des solutions qui se dessinent également avec les plantes compagnes. On a fait des essais mais on doit continuer à valider cela. Le but d’être avec AgroLeague, c’est d’avancer le plus vite possible. En changeant ses pratiques, il y a aussi une prise de risque. Il faut s’entourer de personnes qui vivent les mêmes situations que nous; on avance mieux en groupe. Evitons de faire les mêmes erreurs.

Au départ, j’ai changé ma façon de travailler par souci de simplification et d’économie du temps passé. On avait de grosses saisons à l’automne (récoltes, semis et vêlage). Puis, on a vu que ces changements n’étaient pas mauvais pour la vie du sol. On a continué et on s’est rendu compte qu’on ne reviendrait plus en arrière. La valeur des terres est très élevée chez nous, et on doit arriver à mettre en place un système pour produire en quantité de manière propre et durable. Je vois aussi que les sols sont devenus plus résistants à la sècheresse. On a fait différents bilans carbones et il en ressort qu’on capte plus de CO2 qu’on en émet. Il est important de trouver des solutions. Il est acquis aujourd’hui que l’agriculture est l’une des clés pour solutionner les causes du réchauffement climatique. C’est notre rôle de faire pousser les plantes, alors pourquoi s’en priver.

Ce qui me pousse encore aussi à avancer avec AgroLeague, c’est qu’en partant en vente directe (la moitié de notre production de lait part en circuit court), c’est d’autant plus important pour nous d’avancer vers une agriculture avec moins de chimie. Je veux pouvoir garder la chimie comme un extincteur en cas d’incendie. On arrive à supprimer le systématique et à travailler au cas par cas. On se rend compte que la nutrition devient très importante : un déséquilibre alimentaire fragilise tous les êtres vivants sur ou sous terre. On a intérêt à avoir une couverture et une restitution régulière sinon on passe son temps à construire et à déconstruire.

J’estime encore être en changement, il y a encore des choses qu’on ne sait pas. J’ai envie d’évoluer dans d’autres pratiques. C’est le but de notre adhésion aussi. C’est passionnant et je pense que c’est la seule solution qu’on a pour s’en sortir. Le système conventionnel est à bout de souffle. Avec la vente directe, on a aussi le retour des gens qui nous conforte dans nos choix."

Etienne, membre AgroLeague installé dans le Hainaut en Belgique

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