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Aude

Aisne

« Je suis née sur une ferme. Mon père était agriculteur. Pendant longtemps, j’ai considéré que ça ne m’intéressait pas. Mes parents n’ont eu que des filles et mon père s’est toujours dit que personne ne reprendrait la ferme, du coup il n’y a jamais eu de pression autour de ça. J’ai commencé des études scientifiques avec l'envie de travailler dans la recherche, dans le domaine de l’environnement. On m’a conseillé de faire une école d’agronomie et je me suis retrouvée à avoir des cours sur l’agriculture. C’est logique mais je n’étais pas venue pour ça. J’ai eu des cours vraiment intéressants sur le lien entre agriculture et environnement. Et c’est seulement à ce moment là que je me suis dit que si l’on veut protéger l’environnement, l’un des gros leviers était peut être de travailler à l’évolution de l’agriculture. Après mes études, j’ai travaillé un peu à l’INRA en me disant que j’allais me faire une dizaine d’années d’expérience pour apprendre l’agriculture par le biais de la recherche et de la rencontre avec des agriculteurs dans le cadre de ce boulot là. Et puis finalement, ce n’était pas mon truc, et après 3 ans je suis revenue à la ferme, à un moment où mon père voulait prendre sa retraite, en 2016.

Mon conjoint m’a rejoint sur l’exploitation. Le côté liberté du métier me plait beaucoup et du coup, le fait de travailler en couple permet de s’organiser comme on veut. On se lance notamment dans le pastel des teinturiers. C’est un bon pont entre le côté artistique de mon compagnon et l’agriculture, et l’occasion de voir si ça peut ramener un peu de rentabilité sur la ferme avec de la diversification. On expérimente la culture et une première transformation en pigment, avant de le faire à plus grande échelle. 

Quand tu essayes de faire une agriculture respectueuse de l’environnement, il y a déjà pas mal de voies possibles. On a une grande liberté individuelle en tant qu’agriculteur. On a beau parfois se sentir dans un carcan règlementaire, on a quand même des marges de manoeuvre pour orienter selon ce qui nous touche. Ce qui m’a aussi motivée à faire évoluer mes pratiques, c’est mon goût pour l'expérimentation. C'est d'ailleurs pour ça que je voulais faire de la recherche au départ. Du coup, je me suis dit que c’était super avec la ferme, de pouvoir faire des expérimentations à grande échelle. J’ai pensé que je pouvais essayer plein de trucs et puis assez vite, on est quand même rattrapé par l’économie. Je suis arrivée sur des années pas très faciles économiquement et du coup, j'ai aussi appris à me brider. Mon attirance va vers l’agriculture de conservation, le côté respect du sol, l’enrichir plutôt que l’appauvrir. J’aimerais trouver mon équilibre avec un système qui fonctionne bien en respectant les sols et en utilisant le moins de produits possible. Quand je fais des passages d’oligos, je trouve vraiment cool d’être dans mon pulvé et de me dire que je fais du bien ! 

L’une des choses qui me faisait peur dans le métier d’agriculteur était de le faire assez seule. Et en fait, je me rends compte qu’on n'est pas seul du tout et que ça porte. À mon installation, je suis rentrée dans l’association SAI, qui parlait d’ACS et aussi de réduction de phytos. Et ça m’a permis de me rendre compte qu’il y a beaucoup d’agriculteurs, rien que dans mon coin, qui cherchent à se remettre en question, à changer leurs pratiques, et qui n'ont pas peur d'essayer de nouvelles façons de cultiver... C’est aussi ce que je retrouve chez AgroLeague, à une échelle plus large. On sent que ça s'est construit grâce à des pionniers qui apportent leurs connaissances et leurs expériences, qui viennent enrichir les recommandations qui nous sont faites. 

J’ai cette frustration de ne pas avoir de retours directs de clients, et le lien vers le consommateur final. A plus long terme, j’aimerais avoir quelques produits en vente directe. Faire comprendre aux gens que, eux aussi, ils peuvent avoir un impact sur l’agriculture et donc sur l’environnement, rien que dans leur façon de se nourrir. Mon métier a du sens mais parfois on oublie presque que l’on produit à manger. On parle beaucoup de déconnexion au niveau des consommateurs mais ça existe à notre niveau aussi finalement. 

En m’installant, je me suis dit qu’avec une ferme de 200 ha et en n’étant que 2 à travailler dessus, il y avait le potentiel pour faire vivre plus de personnes et de projets. J’aimerais trouver des façons de travailler en synergie avec d'autres personnes sur la ferme. Je pense aussi que l’élevage… brebis, cochons, ruches… doit tenir une part importante dans l’équilibre de l’agriculture. Si quelqu’un veut venir le faire chez moi, c’est avec grand plaisir ! »

Aude, membre AgroLeague installée dans l’Aisne

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