Une nouvelle révolution : le Mob Grazing.

Nous en sommes convaincus, le Mob Grazing est la nouvelle révolution qu'il faut réussir à développer en France. Avec les membres AgroLeague, on a décidé de créer un groupe de travail sur le sujet et on vous explique d'où ça vient, l'objectif, ce que c'est et les différents intérêts.

Objectif du Mob Grazing :
Réduire les coûts, avoir un bon fonctionnement du sol, avoir le maximum de champignons mycorhiziens qui, nourris par la plante (humification) va créer de l’humus stable.
L’idée est d’utiliser le plein potentiel du sol qui passe par l’activité biologique.


Qu’est-ce que le Mob Grazing ?
Pour bien comprendre : les bovins et les moutons d'élevage conservent toujours leur instinct animal. À l’état sauvage, ils se déplacent régulièrement en groupe pour retrouver des pâturages frais et maintenir les prédateurs à distance. Le « Mob Grazing » reproduit ce comportement naturel des animaux les faisant pâturer dans des zones relativement petites pendant de courtes périodes.

Déplacés vers des pâturages frais tous les jours, ils ne retournent pas dans la même zone de pâturage avant des semaines, voire des mois.
Le pâturage de cette manière profite non seulement aux animaux, mais également à la santé de la terre, de la faune et de la flore environnante.


Les intérêts sont nombreux :

1.

Maximiser l'intérêt de la photosynthèse : Après un court laps de temps à pâturer, les bovins (ou moutons) laissent derrière eux entre 1/3 et 1/2 du fourrage, de sorte que le pâturage n'est jamais suffisamment pâturé pour poser de problèmes liés à l'ensemencement et laisse une surface importante de "panneaux solaires".

Pourquoi panneaux solaires ? Parce que, plus la photosynthèse fait son boulot, plus les racines tournent à plein régime et la plante envoie des exsudats racinaires * qui associés aux mycorhizes créaient de l'humus (5 fois plus que la partie "paille").

Photo de Jill Clapperton

Ci-dessus, on voit, la section d’une racine qui montre les hyphes filaires de mycorhizes. Ces hyphes en forme de fils transportent l’énergie solaire sous forme de carbone liquide vers une vaste gamme de micro-organismes impliqués dans la nutrition des plantes et le contrôle des maladies.

En échange du carbone liquide, les racines reçoivent de l’azote organique, du phosphore, du soufre, de la potasse, du calcium, du magnésium, du fer, et des oligo-éléments essentiels tels que le zinc, le manganèse et le cuivre.

Problème : avec l’apport de quantités importantes d’azote et/ou de phosphore inorganiques les micro-organismes et ces processus de transfert se trouvent perturbés.
Pour bien comprendre, les mycorhizes ne produisent pas d’humus directement mais il est difficile de prévoir un processus d’humification sans elles.

2.

Diminuer l'impact du pâturage sur la plante : un moyen pour elles de faire pousser des racines plus profondes afin de puiser de l'humidité beaucoup plus profondément. Dans ce schéma, les plantes sont donc capables de repousser plus rapidement.

3.

Diminuer la sélectivité des espèces paturées : Lorsque les animaux sont déplacés en groupe dans un enclos relativement petit de pâturage frais (comme c'est le cas dans le cadre du Mob Grazing), ils deviennent instinctivement compétitifs pour le fourrage disponible. Ils baissent avidement la tête et ils dévorent ce qu'ils trouvent plus uniformément et moins sélectivement.

4.

Encourager le piétinement (souvent bénéfique) qui n’a pas lieu suffisamment longtemps pour entraîner le compactage (et puis nous sommes sur des sols vivants). Lorsqu'il est piétiné et aplatis sur le sol, le fourrage recouvre la surface du sol, le protégeant ainsi (je vous passe le discours sur l'intérêt de la couverture du sol que vous connaissez déjà sûrement par coeur).

5.

Distribuer les bouses - lorsque les animaux traversent le paddock en pâture, ils distribuent leur fumier de manière uniforme.

6.

Favoriser le bon fonctionnement du sol et entraîne une augmentation de l’activité biologique : un élément essentiel pour favoriser un apport nutritionnel plus élevé à la plante qui aide les animaux à mieux se développer.

7.

Permettre une meilleure utilisation des nutriments par l'animal : dans le cadre du Mob Grazing, l’animal pâture une herbe généralement plus haute ce qui lui permet d’avoir plus de fibres : un moyen de ralentir le transit et de permettre une meilleure utilisation des nutriments.

8.

Créer un terrain de chasse : le mob grazing profite également à la faune et à la flore sauvages : à tout moment, moins de 5% des terres sont pâturées, ce qui signifie que 95% sont laissées au repos pendant plusieurs semaines et parfois plusieurs mois. C’est positif pour le  développement des abeilles; le développement de l'habitat pour les insectes, les carabes et un terrain de chasse idéale pour certains prédateurs.


Les points de vigilances :

- Il faut passer du temps à planifier un Mob Grazing pertinent : ne pas planifier c’est échouer.
- Les terres peuvent être surexploitées et endommagées si la densité de peuplement n’est pas appropriées.
- Le temps et le coût de la mise en place initiale des paddocks. Cela peut être fait assez rapidement et à moindre coût.
- Certaines races peuvent ne pas convenir au Mob Grazing.

Quelles sont les meilleures conditions pour faire du Mob Grazing ?

  • Il faut pouvoir diminuer l’apport de N(dans certains cas, il peut être possible de l'éliminer). Ca a un coût énorme pour l’agriculteur et seulement 10 à 40% est utilisé par la plante avec 60 à 90% de N appliqué perdu par une combinaison de volatilisation et de lixiviation.
  • Il faut pouvoir éliminer l’apport de P.
  • diversités, diversités, diversités : un mob grazing sur un ray grass anglais/ Trèfle blanc , ça ne fonctionne pas... La production laitière peut monter malgré l'injection de plantes fleuries (retour des bêtes à 35j au lieu de 20j)
  • Eviter de couper plus de 50% de la plante c’est 100% d’activité racinaire contrairement à si 70% de la plante est consommée = 50% d’activité racinaire en moins.
  • Il faut éviter de faucher : une herbe fauchée ou broyée ou une plante à maturité = 0% d'activités racinaires pendant 17j.
  • Eviter d’avoir un sol à plus de 25°ccar il va bloquer le fonctionnement des racines. => Comme dit plus haut, dans ce système, le sol est couvert au maximum et donc il n’y a généralement pas de problème.

Prenons l’exemple de chez Gabe Brown :

  • Engraissement en pâture GMQ 1.5-1.9kg par jour pour des angus de 2 ans.
  • Infiltration accrue. par exemple, Gabe Brown passe d’une valeur classique de 15mm/h d’infiltration à 750 mm/h en 10-15 ans, de pratiques cohérentes.
  • Enrichissement en MO : 1.7% à 11% en 20 ans (dont 4 à 11% en 7 ans). 1% = 10 à 25mm d’eau stockée.
  • Les prairies retrouvent leur diversifiées de plantes et toutes un écosystème bénéfique (d’insectes, oiseaux,... )

Lexique :

* Pour rappel, l’exsudat racinaire est un liquide excrété par les racines des plantes.
L'exsudat racinaire contient de l'eau, des sels minéraux (phosphore, potassium, etc.), des glucides, des acides organiques (acide formique pour l'orge et le cresson, acide malique pour le pois et le maïs, etc.), des acides aminés, des enzymes, des vitamines... Les micro-organismes du sol raffolent de ces composés.

Article écrit par Bruno Cabrol, responsable du groupe Mob Grazing @AgroLeague et Jean-Christophe Girondin-Pompiere, CEO @AgroLeague.

Si vous êtes intéressés pour rejoindre le groupe vous pouvez postulez sur http://agro-league.com/postulez.

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