Hubert Charpentier : le semis direct sous couvert végétal (SDSCV)

Retranscription textuelle de l'interview vidéo d'Hubert Charpentier :

S’inspirer de l'écosystème forestier

Le principe est simple: à partir du moment où vous allez avoir un sol dont la fertilité, au sens large (physique, chimique, biologique) s’améliore, on est dans les conditions de l'écosystème forestier.


Dans la forêt vous ne mettez pas d’engrais, de fongicides, d’insecticides.

La forêt n’a pas besoin de vous, elle pousse toute seule.

Et vous ne travaillez jamais le sol.Donc comment expliquez-vous qu’une forêt de 25 ou 30 m de haut (voire 40m sous les tropiques) ne se nourrit sans apport extérieur.


Et bien c’est toute la vie biologique qui va s’installer qui va lui permettre d’avoir de l’azote, du phosphore, de la potasse.

Parce qu’aucune plante ne pousse sans rien. Il faut qu’elle mange.

Donc ce qu’on va essayer de faire lorsque l’on fait du semis direct sous couvert végétal, c’est d’essayer de reproduire ce qu’il se passe dans l'écosystème forestier


Semis direct sous couvert végétal : les outils à utiliser pour réduire mes charges


1/ Le semis direct car il offre des avantages que l’on n’a pas en conventionnel.

2/ La rotation des cultures : moi je fais des pois, du colza et 2 céréales derrière. 

Ça aura des conséquences sur l’enherbement.

3/ Les couverts végétaux : le semis direct ne fonctionne bien que si les couverts végétaux fonctionnent. On parle de semis direct sous couverture végétale car ça n’a rien à voir avec le semi direct seul.

Si vous faites du semis direct sans couverts, sans plantes de renfort, vous n’aurez alors aucun des avantages que vous aurez en SDSCV. Ce n’est pas du tout la même chose.

Ces 3 outils vont permettre de diminuer les charges qui sont importantes (notamment chez nous en région berrichone) : les frais de désherbage et l’azote.


Semis direct sous couvert végétal : la motivation pour se lancer


Je crois comme toute personne qui a une entreprise, ce qui intéresse les agriculteurs en premier chef, c’est de gagner mieux sa vie qu’avant !

Il est évident que le semis direct peut avoir un intérêt au niveau de l’environnement mais ce n’est pas la première motivation pour un agriculteur de se lancer dans ces techniques là.

Je pense que celui à qui on expliquera qu’on va perdre de l’argent pour aller dans le sens de l’environnement, celui là on ne va pas le convaincre beaucoup.

La première motivation c’est qu’on peut gagner beaucoup plus d’argent en faisant du semis direct qu’en travaillant les sols de manière conventionnelle.

Et tant mieux si ça va dans le sens de l’environnement parce qu’on a au moins l’impression qu’on fait quelque chose qui va dans le bon sens


Semis direct sous couvert végétal : le choix des couvertures vives


J’ai travaillé avec des couverts annuels (d’inter saisons) qui sont des plantes annuelles (qui meurent chaque année) de 2000 à 2011.

A partir de 2011 je suis passé aux couvertures vives, en particulier de luzerne.


Pourquoi une couverture vive ?

J’ai travaillé sous les tropiques avec les couvertures vives et les couvertures annuelles et on se rend compte que du point de vue économique, ce sont les couvertures vives qui rapportent le plus d’argent. 

Ce qui est logique car elle sont là toute l’année. 


Par exemple avec la luzerne, vous avez une légumineuse qui travaille toute l’année, en même temps que votre culture.

Donc tous les avantages liés à ces plantes là dans le semis direct vont être nettement majorés quand c’est une couverture vive qu’une couverture annuelle.


Autre avantage de la couverture vive : elle est là tout le temps. 

Quelque soit l’année climatique, vous coupez votre blé, votre colza, votre couverture vive repousse car elle est pérenne.


Ce qui n’est pas le cas des couverts annuels. Et de moins en moins le cas puisque l’on a quand même un problème climatique général sérieux. 

Ce qui se traduit parfois qu’entre le 15 juin et le 15 août, il n’y a pas beaucoup d’eau. Et ce qui fait que des couverts végétaux, même si vous les installez après la moisson dans un sol sec et qu’il ne pleut pas du tout après, vous avez des couverts qui poussent seulement  à partir de fin aout mi septembre. Ce qui fait qu’ils n’ont plus qu’un mois pour pousser !


Donc aujourd’hui  il y a une contrainte de plus en plus liée au climat et aux changements climatiques sur la réussite des couverts annuels d’été en les semant après la moisson.

Il y aurait peut-être une solution : semer ses couverts avant la moisson (1 mois ou 1 mois et demi avant), prendre des plantes qui germent bien en surface, et les semer avant la moisson.


Les avantages des couvertures vives

+ Plus d’azote fixé pour une légumineuse

+ Plus de mychorisation des sols

+ Plus de sécurité du système car vous êtes sûrs d’avoir de très beaux couverts tous les étés et qui vont bien fonctionner


Or le semis direct ne fonctionnent bien que lorsque les couverts fonctionnent bien !

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